- 360 000 personnes (8,8 % des actifs) ne gagnent pas assez pour vivre en Suisse, record depuis 2014.
- Absence de formation postobligatoire : principal facteur de risque de pauvreté chez les travailleurs.
- Caritas demande formations duales flexibles, salaire minimum, prestations complémentaires et bourses d'études.
Caritas Suisse tire la sonnette d’alarme : près de 360 000 personnes, soit 8,8 % de l’ensemble des actifs occupés, ne gagnent pas suffisamment pour subvenir aux besoins de leur ménage. C’est le chiffre le plus élevé depuis la mise en place de la nouvelle méthode de mesure en 2014. Cette précarité des « working poor » s’aggrave avec la hausse du coût de la vie et crée un cercle vicieux : sans formation, impossible de progresser ; sans revenus suffisants, impossible de se former.
Les chiffres de la pauvreté au travail
En 2024, le taux de risque de pauvreté pour la population active occupée était de 8,8 %, contre 16,2 % pour l’ensemble de la population, selon l’Office fédéral de la statistique. Le taux de pauvreté global s’établit à 8,4 %, mais seulement 4,3 % pour les actifs occupés. Travailler aide donc à réduire le risque, mais ne le supprime pas.
Parmi les travailleurs pauvres accompagnés par Caritas, les profils sont récurrents : qualifications acquises à l’étranger difficilement reconnues en Suisse, emplois peu qualifiés et peu rémunérés dans la logistique, le nettoyage ou la restauration, horaires irréguliers et quasi-absence de formation continue financée par les employeurs.
L’absence de formation : principal facteur de risque
Selon Pierre-Alain Praz, directeur de Caritas Vaud, l’absence de formation postobligatoire représente l’un des principaux facteurs de risque de pauvreté chez les personnes actives. Les données du monitoring de la pauvreté en Suisse (rapport 2025) le confirment : depuis 2014, les personnes sans formation postobligatoire sont systématiquement exposées à un risque plus grand que celles ayant achevé une formation du secondaire II ou du tertiaire.
Aujourd’hui, 14 % de la population ne possède pas de diplôme postobligatoire. Bien que le niveau de formation ait progressé en Suisse (la proportion de titulaires d’un diplôme tertiaire est passée de moins de 10 % en 1996 à plus de 30 % en 2025), ce taux stagne ces dernières années. Aline Masé, responsable du secteur études et politique pour Caritas Suisse, pointe aussi une inégalité forte selon le contexte socio-économique dès l’école primaire et secondaire, comme l’ont montré les récents résultats de l’étude PISA.
Ce que ça change pour vous
Salariés peu qualifiés et travailleurs migrants. Si vous travaillez dans la logistique, le nettoyage, la restauration ou un secteur peu rémunéré, et que vous n’avez pas de formation postobligatoire, vous êtes particulièrement exposé au risque de pauvreté. Les solutions proposées par Caritas (formations professionnelles flexibles, bourses d’études, salaire minimum) pourraient améliorer votre accès à la requalification, mais elles ne sont pas encore généralisées en Suisse romande.
Familles monoparentales et ménages précaires. Caritas souligne l’importance des prestations complémentaires pour les familles, qui existent déjà à Vaud, Genève, Fribourg et au Tessin. Si vous vivez dans ces cantons et que vos revenus de travail ne suffisent pas, vérifiez votre éligibilité auprès de votre caisse de compensation ou office cantonal d’aide sociale.
Demandeurs d’emploi en reconversion. L’absence de bourses d’études pour la formation continue orientée vers la profession limite actuellement vos possibilités de requalification. Ces bourses existent à Zurich et Zoug, mais restent rares en Suisse romande. Caritas et certains cantons proposent des soutiens ponctuels, notamment pour les cours de langue.
Ce qu’il faut surveiller
Caritas demande une action combinée des entreprises et de l’État pour créer des conditions-cadres favorisant les formations duales flexibles. Elle plaide notamment pour des formations professionnelles de base moins exigeantes qu’un certificat fédéral de capacité (CFC), comme l’attestation fédérale de formation professionnelle (AFP), adaptées aux besoins des travailleurs pauvres.
Parmi les solutions globales prônées par l’organisation : l’instauration d’un salaire minimum, la garantie d’un taux d’occupation suffisamment élevé, l’extension des prestations complémentaires pour les familles (actuellement limitées à quelques cantons), et le développement de bourses d’études pour le marché du travail. Ces mesures ne sont pas nouvelles, mais Caritas estime qu’elles méritent d’être largement étendues en Suisse romande pour que travailler ne rime plus avec pauvreté.
Suivez les débats parlementaires sur le salaire minimum et les politiques de formation continue : plusieurs cantons romands pourraient être amenés à renforcer leurs dispositifs d’aide aux travailleurs pauvres dans les années à venir, notamment en matière de reconnaissance des diplômes étrangers et d’intégration professionnelle.
Questions fréquentes
Combien de travailleurs pauvres y a-t-il en Suisse et qui sont-ils ?
Selon Caritas, 360 000 personnes (8,8 % des actifs occupés) ne gagnent pas assez pour vivre. Il s'agit principalement de travailleurs sans formation postobligatoire, souvent issus de la migration, employés dans la logistique, le nettoyage ou la restauration, avec des horaires irréguliers et peu de possibilités de formation continue.
Pourquoi l'absence de formation est-elle un facteur si important ?
Les personnes sans formation postobligatoire gagnent moins et ont moins de mobilité professionnelle. Or, leurs revenus suffisent à peine au minimum vital, ce qui rend impossible une formation sans soutien externe. C'est un cercle vicieux que Caritas veut briser.
Quelles solutions Caritas propose-t-elle et existent-elles déjà en Suisse romande ?
Caritas demande des formations duales flexibles (AFP plutôt que CFC), un salaire minimum, des prestations complémentaires pour les familles (déjà à Vaud, Genève, Fribourg et Tessin) et des bourses d'études pour la formation continue (actuellement à Zurich et Zoug seulement). Ces mesures doivent être étendues.
Sources : Le Temps
