Plus de 400 000 personnes vivent en France, en Allemagne, en Italie ou en Autriche et travaillent en Suisse avec un permis G. Pour les frontaliers de l’Arc lémanique et de l’Arc jurassien, les règles ont changé sur plusieurs points ces deux dernières années : télétravail, avenant fiscal franco-suisse, salaires minimums cantonaux. Ce dossier rassemble les règles en vigueur en 2026, chacune reliée à sa source officielle.
- Permis G : retour au domicile au moins une fois par semaine ; validité de 5 ans pour un CDI ou un contrat de plus d’un an.
- Impôt : à la source à Genève (statut de quasi-résident possible dès 90 % des revenus imposables en Suisse) ; en France pour Vaud, Valais, Neuchâtel, Jura et Berne (accord de 1983).
- Télétravail : jusqu’à 40 % du temps de travail (96 jours par an) sans changement fiscal ; jusqu’à 49,9 % sans changement d’assurances sociales.
- Assurance maladie : trois mois pour choisir entre LAMal et assurance maladie française ; choix irrévocable, cotisation française de 8 %.
- Salaire minimum 2026 : 24.59 CHF/h à Genève, 21.35 CHF/h à Neuchâtel, 21.40 CHF/h dans le Jura ; aucun dans le canton de Vaud ni en Valais.
1. Le permis G : conditions et démarches
L’autorisation frontalière (permis G) est délivrée aux ressortissants de l’UE/AELE qui travaillent en Suisse et retournent à leur domicile principal à l’étranger « en principe chaque jour ou au moins une fois par semaine », selon le Secrétariat d’État aux migrations (SEM). Les anciennes zones frontalières ont été supprimées : un frontalier de l’UE/AELE peut habiter n’importe où dans l’UE/AELE.
| Situation | Durée de validité du permis G |
|---|---|
| Contrat à durée indéterminée ou supérieur à un an | 5 ans |
| Contrat de plus de trois mois et de moins d’un an | Durée du contrat |
Source : SEM, « Autorisation frontalière UE/AELE ».
À Genève, la demande est déposée par l’employeur et l’autorisation lui est « transmise directement, dans un délai moyen de 12 semaines », précise l’État de Genève. Pièces demandées : pièce d’identité, photo, attestation de l’employeur ou copie du contrat de travail. Tout changement d’activité (nouvel employeur, fin de contrat) doit être annoncé dans un délai de 14 jours ; la fin d’activité est annoncée par l’employeur via le formulaire R.
2. Où payez-vous vos impôts ?
La réponse dépend du canton où vous travaillez, pas de celui où vous habitez.
| Canton de travail | Régime | Ce que cela signifie |
|---|---|---|
| Genève | Impôt à la source en Suisse | Prélevé par l’employeur sur le salaire ; statut de quasi-résident possible (voir ci-dessous) |
| Vaud, Valais, Neuchâtel, Jura, Berne (ainsi que Bâle-Ville, Bâle-Campagne, Soleure) | Accord franco-suisse du 11 avril 1983 : imposition en France | Pas d’impôt à la source en Suisse si vous remettez l’attestation de résidence fiscale ; le canton reçoit une compensation de 4,5 % de la masse salariale brute des frontaliers |
Sources : impots.gouv.fr (mis à jour le 21 mai 2026) ; État de Neuchâtel, « Frontaliers ».
Genève : impôt à la source et statut de quasi-résident
Un frontalier travaillant à Genève est imposé à la source. Il peut demander une taxation ordinaire ultérieure (TOU), c’est-à-dire être imposé comme un résident avec ses déductions réelles, s’il remplit la condition de quasi-résident : « au minimum 90 % de vos revenus bruts mondiaux doivent être imposables en Suisse ». Pour un couple marié, les revenus des deux conjoints sont additionnés et au moins 90 % de ce total doit être imposable en Suisse.
- La demande doit être renouvelée chaque année.
- Délai : « au plus tard le 31 mars de l’année qui suit celle de l’imposition ». Pour les revenus 2025, la demande devait donc être déposée avant le 31 mars 2026 ; pour les revenus 2026, avant le 31 mars 2027.
Source : État de Genève, « Déterminer son statut de quasi-résident » (mis à jour le 23 avril 2026) et « Quand demander la taxation ordinaire ultérieure » (13 mars 2026).
Vaud, Valais, Neuchâtel, Jura : l’attestation de résidence fiscale
Pour être exonéré de l’impôt à la source suisse, le frontalier doit remettre à chaque employeur, pour chaque année civile, une attestation de résidence fiscale (formulaire 2041-AS / ASK). L’Administration cantonale vaudoise des impôts précise que les deux exemplaires « doivent être remis à l’employeur au plus tard le 1er janvier de l’année considérée » et que, sans attestation en bonne et due forme, l’employeur « est tenu de prélever la retenue à la source ».
Attention à la condition de retour : selon impots.gouv.fr, le régime de l’accord de 1983 ne s’applique pas à celui qui « réside en semaine dans le canton ou séjourne en Suisse plus de 45 nuitées par an ».
Sources : État de Neuchâtel, « Frontaliers » ; ACI Vaud, formulaire 21564 (avril 2025) ; impots.gouv.fr (21 mai 2026).
3. Télétravail : les deux seuils à connaître
Deux règles distinctes s’appliquent au télétravail depuis la France : une règle fiscale (40 %) et une règle d’assurances sociales (49,9 %).
Fiscalité : 40 % du temps de travail, soit 96 jours
L’avenant à la convention franco-suisse contre les doubles impositions « est applicable depuis le 1er janvier 2026 », indique l’État de Genève. Un frontalier « peut télétravailler depuis la France jusqu’à 40 % de son temps d’activité par année civile, sans impact fiscal », soit « jusqu’à 96 jours de télétravail par an (40 % de 240 jours) ». Cette limite comprend jusqu’à 10 jours de missions temporaires à l’étranger. Au-delà de 40 %, « la portion de son salaire correspondant aux jours télétravaillés est imposable en France dès le 1er jour ».
Pour les cantons de l’accord de 1983 (Vaud, Valais, Neuchâtel, Jura, Berne), un accord interprétatif franco-suisse approuvé le 30 juin 2023, avec effet au 1er janvier 2023, fixe la même limite de 40 % du temps de travail par année civile et de 10 jours de missions temporaires.
Côté employeur (Genève) : l’employeur « doit suivre les jours de télétravail et de missions temporaires effectués par chacun de ses employés domiciliés en France » ; la première transmission de ces données aux autorités « interviendra en janvier 2027 pour les données de 2026 ». Concrètement : tenez votre propre décompte de jours télétravaillés dès maintenant.
Sources : État de Genève, « Imposition du télétravail des personnes frontalières » (pages mises à jour les 16 et 23 avril 2026) ; impots.gouv.fr, accord interprétatif du 30 juin 2023.
Assurances sociales : jusqu’à 49,9 %
Depuis le 1er juillet 2023, un accord multilatéral permet aux frontaliers résidant en France (comme en Allemagne, Autriche ou Italie) « d’effectuer jusqu’à 50 % de télétravail transfrontalier (au maximum 49,9 % du temps de travail) » tout en restant assurés en Suisse (AVS, AI, chômage, LPP). L’employeur suisse doit demander une attestation A1, « validité maximale de 3 ans, renouvelable », à sa caisse de compensation AVS.
Source : Office fédéral des assurances sociales, « Télétravail » (12 septembre 2025).
4. Assurance maladie : LAMal ou assurance française ?
Le frontalier dispose d’un droit d’option entre l’assurance maladie suisse (LAMal) et l’assurance maladie française. Selon l’Assurance Maladie (ameli.fr) :
- Le choix doit être fait « dans un délai de 3 mois à compter de votre prise d’emploi en Suisse ou de votre domiciliation en France », via le formulaire « Choix du système d’assurance maladie ».
- « L’option, une fois exercée, a un caractère irrévocable. » Elle ne se rouvre que dans des cas précis : premier emploi en Suisse, reprise après une période de chômage, changement de statut, changement de pays de résidence.
- Base juridique : l’accord franco-suisse du 21 juin 1999.
Coût de l’option française. La cotisation est calculée par le Centre national des travailleurs frontaliers suisses (CNTFS) de l’Urssaf. D’après la préfecture de la Haute-Savoie, « le taux est de 8 % », appliqué aux revenus de l’avant-dernière année (N-2) « après un abattement forfaitaire de 25 % du plafond de la sécurité sociale ». Ce plafond (PASS) est fixé à 4 005 € par mois pour 2026 (arrêté du 22 décembre 2025).
Sources : ameli.fr, « Travailleur frontalier en Suisse » (30 avril 2026) ; préfecture de la Haute-Savoie, « Montant de votre cotisation » (20 août 2025) ; Légifrance, arrêté du 22 décembre 2025.
5. Chômage : qui vous indemnise ?
Un frontalier qui perd son emploi est indemnisé par « l’État dans lequel vous résidez, au titre de l’emploi occupé sur l’autre État membre », rappelle France Travail : un résident français ayant travaillé à Genève est donc pris en charge par France Travail, sur présentation du formulaire U1 (demande en ligne via Démarches Simplifiées). L’allocation « est calculée en tenant compte des salaires perçus dans l’État où vous avez exercé votre activité », précise l’Unédic.
Un correctif s’applique toutefois : l’annexe 9 du règlement d’assurance chômage (convention du 15 novembre 2024) prévoit un coefficient « égal au quotient du salaire moyen français par le salaire moyen de l’État d’emploi », auquel est appliqué un coefficient de 1,1, réévalué annuellement par circulaire de l’Unédic.
En 2025, l’Unédic comptait 42 900 allocataires frontaliers indemnisés en France, dont 27 800 ayant travaillé en Suisse, pour une allocation moyenne de « plus de 2 100 € net, contre 1 040 € pour l’ensemble des allocataires » et une dépense de 1,1 milliard d’euros.
Les règles européennes d’indemnisation des frontaliers font l’objet de discussions ; nous mettrons ce dossier à jour dès qu’un texte sera officiellement publié.
Sources : francetravail.fr, « Je suis travailleur frontalier » ; unedic.org (21 mai 2024, annexe 9 de la convention du 15 novembre 2024, « Les allocataires frontaliers en chiffres », 8 juillet 2026).
6. Salaires minimums cantonaux 2026
| Canton | Salaire horaire minimum brut 2026 | Remarques |
|---|---|---|
| Genève | 24.59 CHF | Depuis le 1er janvier 2026 (24.48 CHF en 2025) ; agriculture et floriculture : 18.07 CHF |
| Neuchâtel | 21.35 CHF | Depuis le 1er janvier 2026 (21.31 CHF en 2025) ; agriculture, viticulture, horticulture : 18.15 CHF ; indexé chaque année sur l’indice des prix d’août |
| Jura | 21.40 CHF | Depuis le 1er juillet 2024, hors suppléments vacances et jours fériés |
| Vaud | Aucun | Principe accepté en votation le 14 juin 2026 (49,1 %), mais loi d’application refusée : aucun salaire minimum n’entre en vigueur |
| Valais | Aucun | Pas de salaire minimum cantonal |
Sources : État de Genève (1er octobre 2025 et 8 avril 2026) ; État de Neuchâtel, mémento salaire minimum 2026 ; République et Canton du Jura, « Salaires minimaux » ; État de Vaud, communiqué du 14 juin 2026.
7. Combien de frontaliers ?
L’Office fédéral de la statistique publie chaque trimestre la statistique des frontaliers (STAF). À l’échelle cantonale, Neuchâtel recensait 16 205 frontaliers au 4e trimestre 2025, en recul de 2 % sur un an, selon le service cantonal de statistique (données OFS-STAF).
Source : stat.ne.ch (24 février 2026).
Vos démarches, dans l’ordre
- Avant l’embauche : l’employeur demande le permis G (Genève : environ 12 semaines).
- Dans les 3 mois : exercer le droit d’option maladie (LAMal ou assurance française) — choix irrévocable.
- Avant le 1er janvier (cantons de l’accord de 1983) : remettre l’attestation 2041-AS à l’employeur.
- Toute l’année : compter vos jours de télétravail (maximum 96 jours sans impact fiscal ; moins de 50 % pour rester assuré en Suisse).
- Avant le 31 mars (Genève) : demander la taxation ordinaire ultérieure si vous êtes quasi-résident.
Sources officielles consultées
- SEM — Autorisation frontalière UE/AELE
- État de Genève — Demander un permis frontalier ; Statut de quasi-résident ; Télétravail : 40 % ; Salaire minimum 2026
- impots.gouv.fr — Suis-je bien un travailleur frontalier ? ; Convention avec la Suisse
- État de Neuchâtel — Frontaliers ; Salaire minimum 2026 ; Statistique des frontaliers
- État de Vaud — Attestation de résidence fiscale (formulaire 21564) ; Communiqué du 14 juin 2026
- République et Canton du Jura — Salaires minimaux
- OFAS — Télétravail transfrontalier
- ameli.fr — Travailleur frontalier en Suisse ; préfecture de la Haute-Savoie — Montant de votre cotisation ; Légifrance — Arrêté du 22 décembre 2025 (PASS 2026)
- France Travail — Je suis travailleur frontalier ; Unédic — Les allocataires frontaliers en chiffres (juillet 2026)
Ce dossier est une information générale ; il ne remplace pas un conseil fiscal ou juridique personnalisé. Une erreur ? Signalez-la-nous.
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