- 70 % des retraités ne modifient pas leur stratégie de placement au départ à la retraite.
- Garder trop d'espèces (près d'un tiers des capitaux de caisse de pension) expose au risque d'inflation sur une retraite longue.
- Stratégie des trois pots : liquidités court terme, placements moyen terme, investissements dynamiques long terme.
À la retraite, la tentation est grande de jouer la sécurité : placer son argent sur un compte d’épargne, fuir les marchés financiers, éviter tout risque. Pourtant, selon le Baromètre de la prévoyance Raiffeisen 2026, cette prudence excessive peut s’avérer coûteuse. Garder trop d’espèces expose votre pouvoir d’achat à l’inflation pendant une retraite qui dure désormais entre vingt et trente ans, tandis que les coûts de santé et de soins augmentent.
Les chiffres : une prudence qui paralyse
Contrairement aux idées reçues, 60 % des personnes entre 66 et 79 ans continuent d’investir en titres à la retraite. Mais la majorité privilégie une approche ultra-sécuritaire : 50 % optent pour une stratégie axée sur la stabilité et la sécurité, 22 % pour une variante équilibrée, 21 % pour une variante orientée sur les opportunités, contre seulement 4 % pour une orientation très axée sur le rendement.
Le problème surgit lors du retrait du capital de la caisse de pension. En moyenne, seuls 49 % de ces fonds sont placés en investissements, tandis que près d’un tiers sont versés sur un compte d’épargne qui rapporte pratiquement aucun intérêt aujourd’hui. Cette répartition révèle une préoccupation majeure : selon le Baromètre, la perte de pouvoir d’achat figure parmi les plus grandes craintes financières des seniors.
Pourquoi cette prudence devient un risque
Renoncer complètement aux investissements n’égale pas la sécurité. L’inflation érode progressivement le pouvoir d’achat au fil des années, avec un impact notable sur une retraite longue de vingt à trente ans.
S’ajoute à cela l’imprévisibilité des coûts de santé et de soins. Bien que personne ne sache quand ces dépenses surviendront, il est crucial de s’y préparer financièrement. Selon Fabrice Geinoz, spécialiste en planification financière chez Raiffeisen Suisse, « la question décisive est maintenant de savoir comment structurer le patrimoine afin d’allier flexibilité, sécurité et opportunités de rendement ».
Ceux qui ont planifié leur patrimoine avant la retraite disposent souvent d’une stratégie bien rodée, compatible avec cette nouvelle étape. Mais 70 % des retraités ne changent pas de stratégie au moment du départ, ce qui n’est pas forcément une erreur si cette stratégie a été pensée en amont.
Ce que ça change pour vous
Propriétaires immobiliers : le logement représente souvent une part considérable du patrimoine. À la retraite, vous devez décider : rester dans votre bien (même s’il est devenu trop grand), le rénover pour l’adapter au grand âge, le transmettre aux enfants avec un droit d’habitation ou d’usufruit, ou le vendre pour disposer de liquidités. Chaque option a des conséquences fiscales et successorales différentes en fonction de votre canton (Genève, Vaud, Valais, etc.). Une vente peut libérer du capital pour diversifier vos placements et mieux affronter l’inflation.
Retraités avec capital important : si vous recevez un versement unique de votre caisse de pension, ne placez pas tout en espèces. La stratégie des trois pots permet de concilier vos besoins : garder une partie en liquidités, placer une autre en obligations ou fonds équilibrés, et investir le reste à long terme en actions pour préserver votre pouvoir d’achat.
Frontaliers et résidents en France : si vous avez travaillé en Suisse, vérifiez votre situation auprès de la CNAV et des autorités fiscales de votre canton de résidence. Les règles de fiscalité des revenus de placement et des rentes varient selon que vous êtes domicilié en Suisse ou en France. Consultez un spécialiste en prévoyance pour frontaliers.
Héritiers : si vous recevez un héritage à la retraite, c’est l’occasion de revoir votre stratégie patrimoniale. Selon le Baromètre, 37 % des retraités investissent davantage en titres après un héritage, 15 % déposent leur argent sur un compte d’épargne, tandis que 29 % ne procèdent à aucun changement. Un entretien avec un expert en prévoyance permet d’ajuster votre allocation d’actifs et de planifier la transmission à vos enfants.
Ce qu’il faut surveiller
Réviser votre stratégie avant de partir : ne laissez pas le départ à la retraite vous surprendre. Planifiez votre allocation d’actifs avant votre départ, en tenant compte de votre horizon de placement, de vos besoins de liquidités et de votre profil de risque. Même si vous décidez de ne rien changer, cette réflexion vous donnera la confiance nécessaire.
Attention aux frais cachés : les comptes d’épargne à taux zéro ne sont pas gratuits. Vérifiez les frais de gestion auprès de votre banque (BCGE à Genève, BCV à Vaud, etc.). Parfois, un fonds obligataire ou un placement structuré offre un meilleur rendement net après frais.
Fiscalité des revenus de placement : selon votre canton de résidence, les intérêts, dividendes et plus-values sont imposés différemment. En Suisse romande, consultez les délais et déductions fiscales 2026 auprès de votre canton pour optimiser votre déclaration.
Coûts de santé et de soins : à la retraite, prévoyez une réserve pour les franchises de caisse maladie croissantes et les soins à domicile ou en établissement. Cette réserve doit être facilement accessible (compte d’épargne, fonds monétaires).
Questions fréquentes
Dois-je vraiment investir en bourse à la retraite ?
Non obligatoirement, mais garder tout en espèces expose votre pouvoir d'achat à l'inflation sur une retraite longue. La stratégie des trois pots (liquidités court terme, placements moyen terme, investissements long terme) permet de concilier sécurité et rendement sans prendre de risques excessifs.
Que faire si je reçois un gros capital de ma caisse de pension ?
Ne placez pas tout d'un coup ni tout en espèces. En moyenne, seuls 49 % des retraités investissent ce capital, tandis que près d'un tiers le laissent sur un compte sans intérêt. Échelonnez vos placements sur quelques mois et diversifiez entre liquidités, obligations et actions selon votre horizon de placement.
Dois-je vendre ma maison à la retraite ?
Cela dépend de votre situation. Une vente libère du capital pour diversifier vos placements et offre plus de flexibilité, mais elle a des conséquences fiscales et successorales. Examinez aussi les options de transmission avec droit d'habitation ou d'usufruit. Consultez un expert en planification patrimoniale dans votre canton.
Sources : Le Temps
