- Les Suisses obtiennent 83,4/100 en culture financière, mais seul 1 sur 3 a vérifié ses lacunes AVS ou 2e pilier.
- 46 % des Suisses souffrent régulièrement d'anxiété financière malgré une stabilité économique objective.
- Chez les 18-39 ans, 48 % manquent de moyens pour s'occuper de leur prévoyance, malgré des cotisations 3a exemplaires.
- Les femmes et les bas revenus accusent un retard marqué en connaissances financières et prévoyance.
Les Suisses sont des as de la gestion quotidienne de l’argent, mais ils fuient les décisions inconfortables liées à la retraite. C’est le constat du premier « Baromètre de la culture financière » de gfs.bern, commandé par la Banque Migros et publié en 2026. Un diagnostic qui révèle un paradoxe troublant : excellents élèves en finances, les Suisses deviennent soudain des cancres dès qu’il s’agit de préparer leur vieillesse.
Les chiffres : une excellence trompeuse
Sur le papier, le bilan est flatteur. Les Suisses obtiennent la note de 83,4 sur 100 en culture financière. Trois personnes sur quatre maîtrisent leurs revenus et dépenses. 59 % épargnent régulièrement, tandis qu’une personne sur deux investit dans des fonds, des ETF ou des actions. Sur le plan de la stabilité financière, 89 % s’en sortent sans difficulté, et 86 % pourraient régler une facture imprévue de 2 500 francs sans recourir à un crédit.
Mais dès qu’on aborde la prévoyance vieillesse, le silence s’installe. Seule une personne sur trois a jamais vérifié s’il existait une lacune de cotisation dans son compte AVS ou son deuxième pilier. À peine 15 % ont versé des cotisations volontaires au 2e pilier. Moins d’une personne sur trois a rédigé un testament ou établi un mandat de prévoyance. L’enquête a interrogé 3 572 personnes âgées de 18 ans et plus en Suisse, du 29 juin au 23 juillet 2026.
Le paradoxe : stabilité financière et anxiété persistante
Le chiffre le plus troublant : 46 % des Suisses souffrent régulièrement d’anxiété financière, malgré une situation économique objective solide. L’étude ne précise pas si cette angoisse reflète de réelles difficultés ou un simple mauvais pressentiment, mais elle témoigne d’un fossé entre sécurité matérielle et sécurité émotionnelle.
Ce malaise s’accentue chez les jeunes. Près d’un tiers des 18-29 ans repousse la prévoyance en répétant « j’ai encore le temps ». Pourtant, les 18-39 ans se montrent exemplaires en versant régulièrement au pilier 3a : 66 % le font, contre 55 % en moyenne nationale. Plus de la moitié s’est fixé des objectifs d’épargne clairs. Mais dès que les choses se compliquent, c’est fini : seuls 26 % ont vérifié les lacunes de leur certificat de prévoyance, et à peine 8 % ont effectué un rachat au 2e pilier.
La raison ? Près de 48 % des 18-39 ans admettent ouvertement qu’ils n’ont pas assez d’argent pour s’occuper de leur prévoyance. Chez les 40-64 ans, le taux atteint 45 %. Pour beaucoup, la prévoyance n’est pas une question de volonté, mais de moyens.
Inégalités de genre et de revenus
Un fossé se creuse également selon le sexe et le niveau de revenus. Dans presque toutes les tranches d’âge, les hommes obtiennent de meilleurs résultats que les femmes en connaissances financières, une différence particulièrement marquée chez les 18-29 ans. Ceux qui gagnent mieux leur vie et ont fait des études supérieures en savent davantage sur l’argent. Ceux qui ont peu de moyens ont tendance à être à la traîne. La raison est simple : ceux qui sont plus souvent confrontés aux hypothèques, à la prévoyance ou aux placements acquièrent automatiquement plus d’expérience.
En matière de conseils, les Suisses font confiance à leur banque (7,3 points sur 10), devant l’AVS (6,9) et les caisses de pensions (6,6). Les « finfluencers » arrivent en dernier avec 1,7 point. Pourtant, 85 % des Suisses pensent que les banques et compagnies d’assurance ne pensent qu’à leurs propres intérêts. 56 % trouvent que les informations financières reçues sont trop compliquées.
Ce que ça change pour vous
Locataires et propriétaires en Suisse romande : si vous n’avez jamais vérifié vos lacunes AVS ou 2e pilier, ce sondage vous concerne directement. Avant 60 ans, contactez votre caisse de compensation (en Genève : l’Office cantonal de l’AVS ; en Vaud : la Caisse de compensation AVS ; en Valais, Fribourg, Neuchâtel, Jura : les offices cantonaux respectifs) pour demander un relevé de compte. Les lacunes de cotisation peuvent réduire votre rente de retraite de plusieurs centaines de francs par mois. Un rachat volontaire au 2e pilier, même modeste, offre un double avantage : augmenter votre capital de retraite et déduire le montant de votre revenu imposable.
Jeunes actifs (18-39 ans) : vous versez consciencieusement au pilier 3a, c’est bien. Mais ne vous arrêtez pas là. Vérifiez auprès de votre employeur ou de votre caisse de pensions si vous avez des lacunes au 2e pilier, notamment après un changement d’emploi ou une période de chômage. Chaque année de cotisation manquante réduit votre rente future. Si vous manquez de moyens, même une cotisation 3a minimale compte.
Femmes : le sondage montre que vous maîtrisez moins bien la prévoyance que les hommes. N’hésitez pas à demander un conseil gratuit auprès de votre banque ou de votre caisse de pensions. Attention particulièrement aux interruptions de carrière (maternité, congés) : elles créent des lacunes AVS et 2e pilier qu’il faut combler.
Retraités et pré-retraités : si vous n’avez pas encore rédigé de testament ou de mandat de prévoyance, c’est le moment. Ces documents protègent votre famille et facilitent la gestion de votre succession. Un notaire en Suisse romande peut vous conseiller (tarifs variables selon le canton).
Ce qu’il faut surveiller
Le projet AVS 2030 repousse l’âge de retraite anticipée, ce qui affectera votre calendrier de retraite. Vérifiez dès maintenant auprès de votre caisse de pensions si vous pouvez partir plus tôt et à quel coût (réduction de rente). Les caisses de retraite suisses s’orientent vers une gestion intégrale de leur portefeuille, ce qui peut influencer vos rendements futurs : demandez à votre caisse comment elle gère vos cotisations. Enfin, si vous travaillez en Suisse mais envisagez une retraite en France, consultez rapidement un expert : les règles de coordination AVS-retraite française sont complexes et les délais de régularisation peuvent être longs.
Questions fréquentes
Je n'ai jamais vérifié mes lacunes AVS. Comment faire ?
Contactez votre caisse de compensation cantonale (en Genève : Office cantonal de l'AVS ; en Vaud : Caisse de compensation AVS ; en Valais, Fribourg, Neuchâtel, Jura : offices cantonaux respectifs). Vous pouvez demander un relevé de compte gratuit. Les lacunes se comblent par des cotisations volontaires, souvent déductibles fiscalement.
À 25 ans, je verse au pilier 3a mais rien au 2e pilier. Est-ce suffisant ?
Non. Le 3a est un complément, pas un substitut. Le 2e pilier (caisse de pensions) est obligatoire si vous gagnez plus de CHF 22 050 par an. Vérifiez auprès de votre employeur que vous êtes bien affilié et qu'il n'y a pas de lacunes dues à des changements d'emploi.
Le sondage dit que 46 % des Suisses ont de l'anxiété financière. Pourquoi ?
L'étude ne précise pas si c'est une réelle difficulté ou un mauvais pressentiment. Mais cela montre que la sécurité matérielle ne suffit pas : beaucoup ont peur de l'avenir. Une vérification de votre prévoyance et un plan clair peuvent réduire cette anxiété.
Sources : Blick
