- Genève affiche un déficit de 550 millions en 2027 malgré 248 millions d'économies.
- L'État veut transférer 134 millions de péréquation intercantonale aux communes (20 % du coût).
- Les communes refusent et menacent une baisse des prestations ou une hausse d'impôts locaux.
- Le Grand Conseil devra trancher ; sans accord, le déficit atteindrait 717 millions en 2027.
Genève présente un budget 2027 déficitaire de 550 millions de francs, malgré 248 millions d’économies annoncées. Face à cette crise structurelle, l’État genevois entend transférer 134 millions de francs de charges aux communes, notamment via une participation de 20 % à la péréquation intercantonale (RPT). Les communes refusent catégoriquement, annonçant une baisse des prestations ou une hausse d’impôts locaux si ces transferts sont imposés. Le bras de fer entre le canton et ses communes promet de s’intensifier au Grand Conseil.
Les faits et les chiffres
Le Conseil d’État genevois a présenté son budget 2027 le 17 septembre 2026. Le déficit atteint 550 millions de francs, chiffre que le gouvernement qualifie lui-même de « pas très enthousiasmant ». Cet écart persiste malgré un plan d’économies de 248 millions de francs.
La péréquation intercantonale (RPT) explose : elle atteindra 670,3 millions de francs en 2027, soit une hausse de 23,4 % par rapport aux 543 millions bruts de 2026. C’est cette envolée que Genève entend faire supporter en partie aux communes.
Le transfert de charges proposé :
- 134 millions de francs : participation des communes à hauteur de 20 % de la RPT (projet de loi déposé en juin 2025, gelé par la commission des finances).
- 27 millions de francs : transfert complet de la Fondation pour l’animation socioculturelle (FASE) aux communes, réalisable en 2029.
- Trois autres mesures du rapport ECOGE concernent aussi les communes.
Si le Grand Conseil rejette ces mesures, le déficit grimperait à 717 millions en 2027, puis à 1,18 milliard en 2030.
Pourquoi maintenant ?
Genève fait face à une augmentation « contrainte et mécanique » des dépenses : prestations sociales, santé et péréquation intercantonale explosent. Contrairement aux années fastes, où l’État a baissé les impôts, il doit désormais assumer ces charges croissantes.
La magistrate chargée des Finances, Nathalie Fontanet, rappelle que « Genève est le seul canton où il n’y a pas de partage des charges, et cela alors qu’ensemble les communes sont plus riches que le canton ». Cette négociation traîne depuis 2018.
Le gouvernement insiste auprès du Grand Conseil sur la nécessité de « prendre ses responsabilités » et de suivre ce « changement de cap ». Mais les blocages politiques sont attendus : le rapport du budget précise que « la réalisation de ces mesures est conditionnée à l’adoption des projets de loi par le Parlement ».
Ce que ça change pour vous
Habitants des communes genevoises (locataires, propriétaires, salariés) : Si les communes doivent absorber 134 millions de francs supplémentaires sans nouvelles compétences, elles devront choisir entre réduire les prestations (aide sociale, loisirs, animation socioculturelle, transports locaux) ou augmenter les impôts communaux. Martin Staub, président de l’Association des communes genevoises (ACG), est clair : « Les conséquences de tout ça, c’est une baisse des prestations ou une hausse d’impôts de la part des communes. »
Parents avec enfants : Le transfert de la FASE (Fondation pour l’animation socioculturelle) aux communes pourrait affecter les activités périscolaires et les loisirs subventionnés, selon les choix budgétaires locaux.
Bénéficiaires d’aide sociale : Une baisse des prestations communales pourrait réduire les aides au logement ou les allocations d’aide sociale, si les communes réduisent leurs budgets sociaux.
L’impact concret dépendra des votes au Grand Conseil et des décisions de chaque commune. Aucun calendrier précis n’a été communiqué pour les décisions législatives.
Ce qu’il faut surveiller
Au Grand Conseil : Les débats budgétaires s’annoncent tendus. Tous les partis ont d’ores et déjà critiqué le projet, mais pour des raisons différentes. La droite (PLR) souhaite aller plus loin dans les réformes, tandis que la gauche s’oppose aux transferts de charges. La députée verte Emilie Fernandez, qui préside la commission des finances, reconnaît que « ça va être compliqué ».
Négociations communes-canton : Martin Staub et Karine Bruchez, respectivement président et ancienne présidente de l’ACG, ont clairement signifié que les communes refusent des transferts de charges sans nouvelles compétences. Bruchez appelle à « une réflexion plus large ». Le bras de fer promet de durer.
Risque d’absence de budget : Genève a déjà connu cette situation par le passé. Si le Grand Conseil ne parvient pas à un accord, le canton pourrait fonctionner sans budget voté pour 2027.
Vote du 27 septembre : L’initiative pour une contraception gratuite sera soumise aux Genevois. Le PLR dénonce l’incohérence de soutenir cette mesure coûteuse tout en critiquant les charges contraintes. Ce vote pourrait influencer le climat politique autour du budget.
Questions fréquentes
Pourquoi Genève veut-elle transférer 134 millions aux communes ?
Parce que la péréquation intercantonale (RPT) explose : 670,3 millions en 2027 contre 543 millions en 2026 (+23,4 %). Genève, seul canton sans partage des charges avec ses communes, veut que ces dernières participent à hauteur de 20 % de ce coût croissant. Le gouvernement argue que les communes sont collectivement plus riches que le canton.
Que se passe-t-il si le Grand Conseil refuse ces transferts ?
Le déficit de Genève passerait de 550 millions en 2027 à 717 millions, puis à 1,18 milliard en 2030. L'État devrait trouver d'autres économies ou augmenter ses impôts. Le canton risque aussi de fonctionner sans budget voté, comme cela s'est produit par le passé.
Comment les communes réagiront-elles si ces charges leur sont imposées ?
Elles refusent catégoriquement. Martin Staub, président de l'ACG, parle de « transfert de factures » et d'« imposition ». Les communes menacent de réduire les prestations (aide sociale, loisirs, animation socioculturelle) ou d'augmenter les impôts locaux pour compenser.
Sources : Blick
