- Motion pour une stratégie nationale de reconversion face à l'IA, affaiblie par le Conseil des États.
- Conseil fédéral et patronat jugent le cadre actuel suffisant ; syndicats et FSEA demandent plus.
- Écart de formation continue entre jeunes et seniors parmi les plus grands de l'OCDE.
Le Conseil des États a adopté cette semaine une motion demandant une évaluation de la collaboration entre la Confédération, les cantons et les partenaires sociaux face aux mutations technologiques liées à l’intelligence artificielle. Mais le texte a été considérablement affaibli : au lieu d’une stratégie nationale préventive de reconversion professionnelle, il ne s’agit désormais que de vérifier si les mesures actuelles doivent être complétées. Cette décision divise les acteurs suisses sur la question cruciale : qui doit financer et organiser la formation continue face aux bouleversements de l’emploi ?
Les faits et les chiffres
La motion originale, déposée fin 2025 à Berne par la Commission de la science, de l’éducation et de la culture du Conseil national, demandait une stratégie nationale garantissant « une formation continue et une reconversion professionnelle préventives » pour les personnes dont l’activité serait « considérablement modifiée ou supplantée » par l’IA ou d’autres mutations technologiques. Le Conseil national l’a adoptée en avril 2026.
Le Conseil fédéral a d’abord proposé de la rejeter. Le Conseil des États l’a acceptée cette semaine, mais en la transformant : il ne s’agit plus d’une stratégie nationale contraignante, mais d’une simple réévaluation de la collaboration existante. Selon le secrétaire général de l’OCDE, Mathias Cormann, « à ce jour, il n’y a pas de preuve de destructions d’emplois massives liées à l’IA » en Suisse. Cependant, il relève que « la Suisse a l’un des écarts les plus grands de l’OCDE en formation continue entre jeunes et seniors, et entre travailleurs qualifiés et peu qualifiés ».
Qui défend quoi ?
Le Conseil fédéral justifie son rejet initial par deux arguments : l’IA affecte les branches avec une intensité variable (donc la responsabilité leur incombe), et ses répercussions sont difficiles à prédire. Il souligne que la formation continue est déjà « très complète » et mentionne des offres comme Viamia, qui permet aux personnes de plus de 40 ans d’effectuer un bilan professionnel gratuit.
Marco Taddei, responsable romand de l’Union patronale suisse, estime que « c’est une illusion que de penser qu’on pourrait anticiper au niveau national ces évolutions, que connaissent mieux les branches et les entreprises ». Il affirme que « la grande majorité des entreprises soutiennent la formation continue de leurs collaborateurs » et que « une stratégie nationale serait inutile ».
Caroline Meier Quevedo, directrice du secrétariat romand de la Fédération suisse pour la formation continue (FSEA), conteste ces arguments. Elle dénonce « un manque de vision politique » et note que « des études montrent déjà quels métiers disparaissent ou pourraient disparaître ». Elle souligne aussi que « le recours à la formation continue stagne en Suisse et que ce sont toujours les mêmes profils qui y ont recours ». L’organisation faîtière Travail.Suisse regrette que le Conseil des États « ait affaibli la motion adoptée par le Conseil national ».
Ce que ça change pour vous
Salariés en Suisse romande : Pour l’instant, aucun changement concret. Si une stratégie nationale avait été adoptée, elle aurait pu financer des bilans de compétences et des formations de reconversion. Actuellement, vous dépendez de votre canton et de votre employeur. Certains cantons (Genève, Vaud) offrent des services de bilan, d’autres non. Viamia reste accessible gratuitement si vous avez plus de 40 ans, mais ne garantit pas un financement de reconversion.
Travailleurs peu qualifiés ou seniors : Vous êtes particulièrement concernés par l’écart de formation continue relevé par l’OCDE. Sans stratégie nationale, l’accès à la formation dépend davantage de votre situation personnelle et de votre canton. Les « bourses de reconversion » ou « systèmes de bons de formation » existent dans certains cantons, mais pas partout.
Frontaliers : Vous restez soumis aux règles de formation continue de votre canton de résidence ou de votre pays de travail. Une stratégie nationale suisse n’aurait pas directement changé votre situation, mais aurait pu renforcer les offres cantonales.
Ce qu’il faut surveiller
Le Conseil des États a demandé une réévaluation de la collaboration entre la Confédération, les cantons et les partenaires sociaux. Cette évaluation devrait identifier si les mesures actuelles doivent être complétées. Attendez les résultats de cette réévaluation, qui déterminera si une nouvelle motion ou une loi fédérale sur la formation continue verra le jour.
En parallèle, vérifiez les offres disponibles dans votre canton : certains proposent des bilans de compétences gratuits, des bourses de formation ou des systèmes de bons. Consultez votre office cantonal de l’emploi ou votre caisse de chômage pour connaître vos droits. Si vous avez plus de 40 ans, Viamia reste une ressource gratuite pour évaluer votre employabilité.
Mathias Cormann de l’OCDE a insisté : « La bonne question n’est pas « l’IA va-t-elle prendre mon emploi ? », mais « ai-je les moyens d’apprendre à l’utiliser ? » Là, les pouvoirs publics ont un rôle clair. » Cela suggère que le débat sur le financement public de la formation continue ne fait que commencer.
Questions fréquentes
Vais-je perdre mon emploi à cause de l'IA ?
Selon le secrétaire général de l'OCDE, il n'y a pas actuellement de preuve de destructions d'emplois massives liées à l'IA en Suisse. Le problème est plutôt la pénurie de main-d'œuvre. Cependant, certains métiers vont évoluer rapidement, et ceux qui ne pourront pas s'adapter risquent d'être laissés de côté.
Qui finance ma reconversion professionnelle si mon métier disparaît ?
Actuellement, cela dépend de votre canton et de votre employeur. Certains cantons offrent des bilans de compétences gratuits ou des bourses de formation, d'autres non. Le Conseil fédéral estime que le cadre actuel est suffisant, mais une réévaluation est en cours. Viamia propose un bilan professionnel gratuit si vous avez plus de 40 ans.
Pourquoi le Conseil des États a-t-il affaibli la motion ?
Le Conseil fédéral et le patronat jugent qu'une stratégie nationale est inutile, car les branches et les entreprises connaissent mieux leurs besoins. Le Conseil des États a donc opté pour une simple réévaluation de la collaboration existante plutôt qu'une stratégie contraignante.
Sources : Le Temps
