- La Cour de cassation a annulé des prêts en francs suisses en juillet 2025 : les banques n'ont pas expliqué le risque de change.
- Les frontaliers peuvent récupérer jusqu'à 300 000 € en cas d'annulation (capital, intérêts, assurances, frais).
- Même un prêt remboursé depuis 20 ans peut être contesté judiciairement.
- Plusieurs dizaines de milliers de frontaliers pourraient être concernés selon les avocats spécialisés.
Pendant près de vingt ans, les banques ont proposé aux travailleurs frontaliers des prêts immobiliers en francs suisses, présentés comme avantageux grâce à des taux d’intérêt inférieurs aux prêts en euros. Mais la chute de l’euro face au franc suisse a transformé ces financements en piège financier : certains emprunteurs ont découvert que leur dette dépassait la valeur de leur maison. La Cour de cassation française a tranché en juillet 2025 : quatre arrêts majeurs donnent désormais raison aux frontaliers, ouvrant la voie à des annulations de prêts et à des restitutions pouvant atteindre 300 000 euros.
Les faits et les chiffres
Le 9 juillet 2025, la Cour de cassation a rendu quatre arrêts qui bouleversent la jurisprudence applicable aux prêts immobiliers en francs suisses. Ces décisions établissent que les banques ne pouvaient pas se contenter d’évoquer abstraitement l’existence d’un risque de change : elles devaient permettre aux emprunteurs d’en mesurer concrètement les conséquences économiques, au moyen d’explications claires, de simulations et d’exemples chiffrés.
L’ampleur du problème est révélée par l’évolution des taux de change. Au milieu des années 2000, un euro s’échangeait contre environ 1,60 franc suisse. Aujourd’hui, l’euro évolue nettement sous la parité avec la devise helvétique. Conséquence : un prêt d’un montant équivalent à 300 000 euros souscrit en 2007 représentait environ 500 000 francs suisses. Avec la chute de l’euro, cette même dette en francs suisses a représenté une somme beaucoup plus importante en euros, sans plafond.
Lorsqu’une annulation du prêt est prononcée, les restitutions ordonnées au bénéfice des emprunteurs peuvent être considérables. En cas d’annulation, l’emprunteur est replacé dans la situation qui aurait été la sienne si le contrat n’avait pas été conclu. Cela conduit à annuler la perte de change, mais également les intérêts, les primes d’assurance, les frais de garanties et de dossiers. Dans certains dossiers, le montant des restitutions a dépassé 300 000 euros.
Pourquoi maintenant ?
Ce contentieux s’est construit progressivement depuis plus de quinze ans. Les avocats spécialisés, notamment Me David Dana, ont contribué à construire une jurisprudence favorable aux frontaliers à travers des décisions de référence devant les cours d’appel de Chambéry, de Lyon et de Besançon, ainsi que devant les tribunaux judiciaires de Bourg-en-Bresse, Thonon-les-Bains et Bonneville. Le tournant décisif de la Cour de cassation en juillet 2025 consolide cette jurisprudence et ouvre la voie à de nombreuses autres actions.
Les banques avaient longtemps présenté ces prêts comme « naturellement adaptés aux frontaliers » puisque les échéances étaient remboursées dans la même devise que leurs revenus. Elles affirmaient que les emprunteurs étaient « à l’abri du risque de change ». Or, cette logique s’est avérée fausse : lorsque l’euro baisse, le frontalier rembourse davantage en valeur réelle, le coût du crédit augmente sans plafond.
Ce que ça change pour vous
Pour les frontaliers propriétaires en France avec un prêt en francs suisses : vous pouvez désormais contester votre prêt auprès des tribunaux français si la banque n’a pas expliqué clairement le risque de change et ses conséquences économiques. Même si votre crédit est déjà intégralement remboursé, vous pouvez agir judiciairement. En cas de succès, vous pouvez récupérer non seulement la perte de change, mais aussi tous les intérêts, assurances et frais payés depuis la signature du contrat. Selon les avocats spécialisés, plusieurs dizaines de milliers de frontaliers pourraient être concernés.
Cependant, chaque dossier est différent. L’annulation n’est pas automatique : elle dépend des clauses du contrat, des documents remis au moment de la signature et des explications effectivement fournies par la banque. Un examen individualisé est nécessaire pour apprécier les recours envisageables. Consultez le guide du frontalier 2026 pour connaître vos droits complets en tant que travailleur transfrontalier.
Pour les frontaliers ayant remboursé leur prêt : vous n’êtes pas hors délai. Des personnes ayant souscrit leur prêt il y a vingt ans peuvent encore, dans certaines situations, agir judiciairement, y compris lorsque le crédit est déjà intégralement remboursé.
Ce qu’il faut surveiller
La première étape consiste à vérifier si votre prêt est concerné. Selon les avocats spécialisés, un simulateur gratuit et confidentiel est disponible pour estimer, à partir de votre situation personnelle, le gain potentiel pouvant résulter de l’annulation du prêt. Cette évaluation prend quelques minutes et permet de déterminer si une action judiciairement est envisageable.
Si vous envisagez une action, sachez que la banque, en cas d’annulation, est privée des intérêts conventionnels et ne peut prétendre qu’à la restitution du capital effectivement mis à disposition en euros. Elle doit restituer à l’emprunteur l’ensemble des sommes perçues en francs suisses, converties en euros au taux de change en vigueur à la date de chaque paiement effectué en exécution du prêt annulé.
Attention : de nombreux frontaliers pensent, à tort, que la baisse de l’euro n’a pas pesé sur le coût réel de leur financement, qu’il est désormais trop tard pour agir ou que leur situation est irrémédiable. Or, ces idées reçues peuvent vous coûter cher. Consultez un avocat spécialisé dans ce contentieux pour évaluer vos options.
Questions fréquentes
Mon prêt en francs suisses a été souscrit il y a 15 ans et est déjà remboursé. Puis-je encore agir ?
Oui. Selon la source, des personnes ayant souscrit leur prêt il y a vingt ans peuvent encore, dans certaines situations, agir judiciairement, y compris lorsque le crédit est déjà intégralement remboursé. Seul un examen individualisé de votre contrat permettra de déterminer si vous avez des recours.
Si mon prêt est annulé, que vais-je récupérer exactement ?
En cas d'annulation, vous récupérez non seulement la perte de change, mais aussi les intérêts, les primes d'assurance, les frais de garanties et de dossiers. Dans certains dossiers, le montant total des restitutions a dépassé 300 000 euros. La banque doit restituer l'ensemble des sommes perçues en francs suisses, converties en euros.
Tous les prêts en francs suisses sont-ils automatiquement annulés ?
Non. Chaque dossier dépend des clauses du contrat, des documents remis à la signature et des explications fournies par la banque. Seul un examen individualisé permet d'apprécier les recours envisageables. Un simulateur gratuit peut vous aider à estimer votre gain potentiel en quelques minutes.
Sources : Le Messager
