- EUR/CHF passe de 0,928 à 0,940 depuis janvier ; USD/CHF de 0,792 à 0,812.
- BNS maintient taux directeur à 0% jusqu'à fin 2027, favorisant le carry trade.
- Interventions de la BNS (4 milliards CHF au T1) freinent l'appréciation du franc.
- Croissance PIB +1,5% au T2 pourrait relancer les taux et soutenir la devise.
Le franc suisse s’affaiblit depuis le début de l’année face à l’euro et au dollar. Selon Tribune de Genève, trois facteurs structurels expliquent ce recul : les taux directeurs à zéro de la Banque nationale suisse (BNS), les opérations de carry trade qu’ils favorisent, et les interventions directes de la BNS pour empêcher une appréciation excessive. Cette faiblesse a des conséquences concrètes pour les entreprises suisses et les épargnants romands.
Les chiffres de la dépréciation du franc
Depuis janvier, le franc a perdu du terrain de manière régulière. Le cours EUR/CHF est passé d’environ 0,928 début janvier à 0,940 ces derniers jours. Dans le même temps, l’USD/CHF a reculé de 0,792 à 0,812. Cette dépréciation est mesurable et progressive, contrairement à un choc brutal.
Au premier trimestre, lorsque le conflit entre les États-Unis, Israël et l’Iran a éclaté début mars, le franc s’est d’abord envolé en tant que valeur refuge. Face à cette appréciation, la BNS est intervenue directement, vendant des francs et achetant près de 4 milliards de francs de devises étrangères. Ces interventions ont accéléré le retournement de la devise à partir de la mi-mars.
Pourquoi la BNS maintient les taux à zéro
La Banque nationale suisse a abaissé son taux directeur à 0% en juin 2025 et l’a maintenu à ce niveau lors des quatre réunions suivantes. Selon des sources proches de la BNS, elle devrait conserver ce taux jusqu’à fin 2027 avant d’envisager un relèvement. Cette politique accommodante répond à l’absence de pression inflationniste urgente : l’inflation reste dans la fourchette de stabilité des prix définie par la BNS, et les pressions inflationnistes à moyen terme ont peu évolué.
Avec des taux aussi bas, le franc devient une monnaie de financement privilégiée pour les opérations de « carry trade ». Les investisseurs empruntent des francs à faible coût pour placer ces capitaux dans des actifs plus rémunérateurs ailleurs, ce qui pèse structurellement sur la devise helvétique. Le franc figure ainsi parmi les devises du G10 offrant les rendements les plus faibles.
Ce que ça change pour vous
Pour les entreprises exportatrices et les salariés suisses : un franc plus faible renchérit les importations de matières premières et de biens intermédiaires. Cependant, il permet aussi de compenser en partie l’impact des droits de douane américains sur les produits suisses exportés. Les secteurs comme la pharmacie et la chimie, qui ont porté la croissance au T2 (+1,5%), sont particulièrement sensibles aux taux de change.
Pour les épargnants et investisseurs romands : un franc affaibli rend les placements en devises étrangères (euros, dollars) moins attractifs en termes de rendement de change. À l’inverse, les placements en francs deviennent relativement moins chers pour les investisseurs étrangers. Si vous avez des dettes en francs, cette faiblesse n’améliore pas votre situation ; si vous avez des actifs en devises, vous bénéficiez d’une légère appréciation de leur valeur en francs.
Pour les frontaliers français travaillant en Suisse : un franc plus faible signifie que votre salaire en francs achète moins d’euros en France. Cet effet s’ajoute aux variations habituelles du taux de change EUR/CHF que vous connaissez déjà.
Pour les retraités vivant en Suisse romande : si vos revenus proviennent partiellement de l’étranger (rentes, placements), une faiblesse du franc améliore légèrement votre pouvoir d’achat en devises étrangères, mais renchérit les importations de biens de consommation.
Ce qu’il faut surveiller
Plusieurs catalyseurs pourraient changer la donne à court et moyen terme. D’abord, la croissance économique suisse : le SECO a publié une première estimation du PIB pour le deuxième trimestre à +1,5%, sa progression la plus rapide depuis 2021 et largement supérieure aux attentes. Le rapport détaillé du SECO donnera des indications sur la vigueur de la consommation domestique. Certains analystes estiment que cette performance pourrait pousser la BNS à revoir sa politique accommodante et provoquer un rebond tactique du franc.
Ensuite, les annonces de politique monétaire de la Fed et du Trésor américain : dans le court terme, ces annonces peuvent fortement influencer les taux de change. La dernière annonce du Trésor a entraîné la plus forte baisse journalière du dollar depuis près de trois semaines.
Enfin, la stabilité géopolitique : le retour de l’appétit pour le risque depuis la mi-mars a favorisé l’affaiblissement du franc en réduisant sa prime de valeur refuge. Toute nouvelle crise pourrait inverser cette dynamique.
La BNS a affiché une volonté « accrue » d’intervenir contre toute nouvelle pression à la hausse du franc, position réitérée à chacune de ses réunions de politique monétaire. Surveillez les prochaines réunions de la BNS pour des signaux de changement de politique.
Questions fréquentes
Pourquoi le franc s'affaiblit-il alors que la Suisse est réputée stable ?
La BNS maintient les taux directeurs à 0% jusqu'à fin 2027, ce qui rend le franc peu attractif pour les investisseurs cherchant des rendements. Cette politique accommodante favorise le « carry trade » (emprunter des francs bon marché pour investir ailleurs), qui pèse sur la devise. Parallèlement, la BNS intervient activement pour freiner toute appréciation excessive du franc.
Qu'est-ce que le « carry trade » et comment affecte-t-il le franc ?
Le carry trade consiste à emprunter de l'argent dans une devise à faible taux (le franc à 0%) pour le placer dans des actifs mieux rémunérés ailleurs (euros, dollars). Cette stratégie crée une demande de vente de francs, affaiblissant la devise. Avec les taux suisses parmi les plus bas du G10, le franc est une monnaie de financement privilégiée pour ces opérations.
Le franc peut-il se renforcer à nouveau ?
Oui, si la croissance économique suisse se confirme (le PIB a progressé de 1,5% au T2, sa meilleure performance depuis 2021), la BNS pourrait revoir sa politique accommodante et relever les taux avant fin 2027. Un renforcement du franc pourrait aussi survenir en cas de nouvelle crise géopolitique, qui raviverait sa prime de valeur refuge.
Sources : Tribune de Genève
