- Neuf mois après l'introduction du Tardoc en janvier 2026, les généralistes n'ont connu aucune revalorisation, voire une dévalorisation dans certains cantons.
- Les coûts ambulatoires ont grimpé de 10,8% entre T2 2025 et T2 2026, dépassant le seuil de 4% fixé par le Conseil fédéral.
- Une correction linéaire des tarifs menacerait de réduire le chiffre d'affaires des médecins de premier recours au lieu de l'augmenter.
- L'association mfe plaide pour une correction ciblée et dénonce la pénurie croissante de généralistes et pédiatres.
Neuf mois après son introduction en janvier 2026, le Tardoc n’a pas tenu sa promesse de revaloriser la médecine de famille. L’association des médecins de famille et de l’enfance (mfe) tire la sonnette d’alarme: les généralistes n’ont connu aucune amélioration tangible de leur situation, et certains subissent même une dévalorisation dans leurs cantons respectifs. Cette situation contraste avec l’objectif politique affiché du nouveau tarif, qui devait enfin reconnaître le travail des médecins de premier recours après plus de vingt ans sous le régime du Tarmed.
Les chiffres de la déception
Selon les premières remontées de mfe, seuls les pédiatres et les médecins praticiens enregistrent une hausse modérée. Les généralistes, eux, restent à la traîne. Le problème s’amplifie avec l’explosion des coûts ambulatoires: selon le monitoring fédéral de l’évolution des coûts de l’assurance maladie (Mokke), géré par l’Office fédéral de la santé publique, les prestations facturées par les médecins actifs en ambulatoire ont grimpé de 10,8% entre le deuxième trimestre 2025 et le deuxième trimestre 2026.
Cette hausse dépasse largement le seuil critique fixé par le Conseil fédéral à 4% pour la limite maximale de la hausse annuelle des coûts totaux du secteur ambulatoire. L’OFSP lui-même reconnaît que les retards de facturation liés à la mise en place du nouveau système tarifaire compliquent la lecture des données 2026.
Le piège de la correction linéaire
Le nœud du problème réside dans la loi imposant une neutralité des coûts à l’introduction du Tardoc. Passé le seuil de 4%, un facteur de correction doit s’appliquer à l’ensemble de la structure tarifaire. Or, cette correction pourrait être linéaire, touchant tous les médecins sans distinction. Pour les généralistes, cela signifierait non seulement l’absence de revalorisation promise, mais une baisse effective de leur chiffre d’affaires.
Sébastien Jotterand, coprésident de mfe, résume le paradoxe: « L’intention y est. Tout le monde, y compris les partenaires tarifaires, s’accorde à dire que la médecine de premier recours doit être valorisée. Mais dans les faits, on ne va pas atteindre cet objectif. » L’association a alerté l’Organisation tarifs médicaux ambulatoires (OTMA), les assureurs regroupés sous prio.swiss, la FMH, la conseillère fédérale Elisabeth Baume-Schneider et l’Office fédéral de la santé publique.
Ce que ça change pour vous
Pour les patients en Suisse romande: La situation des généralistes affecte directement votre accès aux soins. La pénurie de médecins de famille, jugée critique dans certaines régions, s’aggrave si les revenus n’augmentent pas. Vous risquez des délais d’attente plus longs pour une consultation et une surcharge des urgences. Une médecine de premier recours affaiblie signifie aussi moins de prévention et de complications coûteuses détectées tôt.
Pour les futurs médecins: La question de la rémunération influence directement les vocations. Avec des revenus stagnants ou en baisse, moins de jeunes médecins choisiront la médecine générale, aggravant la pénurie déjà critique dans certains cantons romands (Valais, Jura, zones rurales de Vaud et Fribourg).
Pour les assurés: Une médecine de premier recours fragilisée peut indirectement peser sur les primes maladie LAMal 2026, puisque les complications non prévenues et les urgences non évitées coûtent plus cher au système.
Ce qu’il faut surveiller
L’association mfe ne demande pas un chèque en blanc, mais une correction ciblée plutôt que linéaire. Elle réclame une correction des minutages jugés excessifs ailleurs dans le tarif et un ajustement rapide de la part infrastructure et personnel (PIP), qui ne couvre pas les coûts réels des cabinets. Les chiffres détaillés de la FMH sur l’impact du Tardoc doivent encore être publiés et clarifieront la situation.
La balle est désormais dans le camp du Conseil fédéral et de l’OFSP. Si une correction linéaire s’impose, elle pourrait être appliquée dès le prochain cycle tarifaire. Berne dit, sur le principe, partager les préoccupations de mfe concernant la pénurie de généralistes et pédiatres, mais les actes doivent suivre.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que le Tardoc et pourquoi remplace-t-il le Tarmed?
Le Tardoc est la nouvelle structure tarifaire introduite en janvier 2026, remplaçant le Tarmed qui était en vigueur depuis plus de vingt ans. Le Tardoc devait mieux rémunérer les médecins de premier recours en leur consacrant pour la première fois un chapitre spécifique, mais cet objectif n'a pas été atteint pour les généralistes.
Pourquoi les médecins de famille ne gagnent-ils rien avec le Tardoc?
Bien que le Tardoc ait été conçu pour valoriser la médecine de premier recours, les coûts ambulatoires ont explosé (+ 10,8% entre T2 2025 et T2 2026), dépassant le seuil de 4% fixé par la loi. Une correction linéaire des tarifs menacerait de réduire le chiffre d'affaires des généralistes au lieu de l'augmenter.
Quel est le risque pour les patients en Suisse romande?
La pénurie de généralistes et pédiatres s'aggrave si les revenus n'augmentent pas, ce qui entraîne des délais d'attente plus longs, une surcharge des urgences et moins de prévention. Cela peut aussi indirectement affecter les primes d'assurance maladie.
Sources : Le Temps
