Golfe : la fin de l’ombre américaine et l’essor des alliances orientales
Lecture rapide :
– Le parapluie américain du Golfe s’effrite
– 2025, la guerre contre l’Iran a révélé des failles
– Les monarchies se tournent vers la Chine et d’autres partenaires
Le prince Mohammed ben Salmane a fait ses adieux au cheikh Mohamed ben Zayed, image symbolique d’un ordre régional en recomposition. Pendant des décennies, les monarchies du Golfe ont vécu sous l’idée d’un protectorat durable assuré par les États-Unis. La guerre contre l’Iran en 2025 et ses retombées ont montré que ce parapluie n’offre plus les mêmes garanties.
Rupture du parapluie américain dans le Golfe
La présence militaire et les contrats avec Washington ont structuré la sécurité du Golfe depuis le pacte du Quincy et la guerre de 1991. L’offensive américano-israélienne puis les frappes iraniennes en 2025 ont exposé les États du Golfe à des dommages collatéraux inattendus.
Missiles et drones ont touché des zones proches d’infrastructures énergétiques, les forces et personnels américains ont été partiellement repositionnés, et la perception d’un engagement inconditionnel s’est fissurée.
Conséquences politiques et économiques
Ce revirement a érodé le contrat implicite : sécurité contre stabilité énergétique et financière. Les marchés ont réagi, les routes d’exportation ont été fragilisées et plusieurs États du Golfe ont mesuré le coût politique d’une dépendance unique à Washington.
La perception publique et l’élite politique ont noté que la puissance américaine reste dominante mais réticente à supporter seule les risques régionaux. Cette prise de conscience accélère des décisions stratégiques déjà à l’œuvre.
Redéfinition du rôle du CCG et tensions internes
Le Conseil de coopération du Golfe (CCG) apparaît aujourd’hui fragmenté. Les divisions héritées du blocus de 2017 contre le Qatar et les accords d’Abraham ont laissé des lignes de fracture difficiles à résorber.
Les orientations différentes d’Abou Dhabi, de Doha et de Riyad traduisent une bataille d’influence sur l’avenir stratégique régional et sur la façon de préserver des projets économiques comme Vision 2030.
Rapprochements et divergences entre monarchies
Riyad a cherché depuis plusieurs années un rééquilibrage avec Doha pour protéger ses réformes intérieures et ses flux d’investissements. Les accords d’Abraham ont, eux, renforcé un axe Abou Dhabi–Tel-Aviv perçu comme de plus en plus assumé.
Ces lignes de force alimentent des stratégies contradictoires : certains États acceptent une relation transactionnelle avec Israël, d’autres refusent une logique d’affrontement permanent avec Téhéran.
Vers une diversification des partenariats : la Chine en première ligne
La Chine est devenue un interlocuteur énergétique majeur et un acteur politique actif. Le rapprochement Téhéran-Riyad négocié sous médiation chinoise en 2023 a confirmé la volonté de Pékin de jouer un rôle diplomatique et sécuritaire accru.
Les monarchies du Golfe cherchent désormais à élargir leurs alliances : Chine, Inde, Turquie et acteurs européens entrent dans un jeu de diversification pour réduire la dépendance à un seul garant externe.
La fin de l’omniprésence américaine ne signifie pas son retrait total, mais marque l’émergence d’un Golfe qui réinvestit sa propre sécurité et réorganise ses alliances. Les épisodes de 2025 ont agi comme un accélérateur de ce mouvement.
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