La Suisse peut-elle intensifier ses investissements aux États-Unis ?
Lecture rapide :
– Projet d’investissements suisses de CHF 100–150 milliards sur quatre ans
– Flux annuels actuels vers les États‑Unis : ~15 milliards en 2023
– Actifs fin 2023 : CHF 1’287 milliards détenus par des filiales suisses à l’étranger
La discussion publique porte sur la possibilité pour la Suisse d’accroître massivement ses injections de capitaux aux États‑Unis afin d’apaiser des tensions commerciales. L’idée, portée notamment par le conseiller national Franz Grüter, évoque un ordre de grandeur de CHF 100 à 150 milliards sur quatre ans. Plusieurs voix soulignent toutefois la difficulté de réaliser un tel programme compte tenu des chiffres actuels et des risques liés aux décisions de politique économique outre‑Atlantique.
Échelle des montants et comparaison avec les statistiques de la banque nationale
Les investissements envisagés concernent des apports en capital des entreprises à leurs filiales américaines, et non des achats de titres. Les statistiques de la Banque nationale suisse montrent que, fin 2023, les actifs détenus par des entreprises suisses à l’étranger s’élevaient à CHF 1’287 milliards, dont CHF 288 milliards aux États‑Unis.
Inversement, les actifs des firmes étrangères en Suisse totalisaient CHF 930 milliards, dont CHF 359 milliards attribués aux groupes américains sur une base d’investisseur ultime. Ces ordres de grandeur mettent en perspective la proposition : CHF 100–150 milliards représentent entre un tiers et la moitié des actifs déjà présents aux États‑Unis.
Flux annuels: décalage entre ambitions et réalisations
Les flux nets de capitaux sortant de Suisse vers les États‑Unis restent modestes par rapport aux montants envisagés. En 2023, les sorties vers les États‑Unis ont atteint environ USD/CHF 15 milliards. Les projets discutés impliquent des flux annuels de l’ordre de 25 à 40 milliards, niveaux rarement atteints récemment.
Seul 2015 s’approchait de ces valeurs exceptionnelles, année qui reste atypique dans les séries historiques. Depuis 2019, les flux totaux montrent une tendance à la baisse, tandis que les flux liés aux États‑Unis sont plus stables, mais loin des ambitions publiques.
Conséquences pour la balance des paiements et alternatives possibles
Par définition comptable, une augmentation significative des sorties financières vers les États‑Unis doit trouver une contrepartie sur le compte courant ou dans d’autres flux financiers entrants. La balance courante suisse a affiché en moyenne CHF 51 milliards par an sur les quatre dernières années.
Atteindre les objectifs d’investissement impliquerait soit une hausse du surplus courant, soit une réduction d’autres sorties financières, soit une réorganisation des circuits (par exemple, canaliser des investissements via la maison mère suisse ce qui augmenterait simultanément les flux entrants et sortants). Ces mécanismes sont mentionnés comme des voies possibles mais non détaillées.
Incertitude politique américaine et risques pour les entreprises suisses
Un facteur majeur pesant sur la décision d’investir est l’incertitude des politiques économiques américaines. Les indices d’incertitude pour la politique budgétaire et fiscale et pour la politique commerciale atteignent des niveaux inédits selon les séries disponibles au printemps, et ont vraisemblablement augmenté depuis.
Un exemple concret cité est le risque d’une taxe sur la détention d’actifs américains par des investisseurs étrangers, prévue dans le nouveau budget américain. Les grands projets d’investissement évoqués présenteraient donc une exposition accrue à la volatilité des décisions politiques aux États‑Unis.
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