Sanctions contre Moscou : le Kirghizistan, maillon discret d’un réseau pro-russe mystérieux
Lecture rapide :
– Le Kirghizistan facilite le contournement des sanctions contre Moscou
– 21,2 milliards de dollars de lettres de change électroniques émises
– Transactions crypto entre 20,5 et 32 milliards de dollars en 2025
Le Parlement kirghiz a adopté le 9 avril une loi créant les lettres de change électroniques, un outil financier numérique inédit dans ce pays d’Asie centrale. Présentée comme une mesure de modernisation du système financier, cette réforme vise officiellement à réduire coûts et fraudes tout en simplifiant les paiements transfrontaliers. Cependant, des médias indépendants et des documents internes révèlent que ces instruments étaient déjà employés, dans une certaine opacité, pour faciliter le transit de flux russes malmenés par les sanctions internationales imposées à Moscou.
Plusieurs banques publiques kirghizes, notamment Kapital Bank, Aiyl Bank et Eldik Bank, sont pointées comme impliquées dans ce dispositif. Le réseau A7A5, dirigé par l’oligarque moldave pro-russe Ilan Shor, réfugié, considère ces titres comme des « chèques au porteur », ne permettant pas de tracer les transactions entre émission et encaissement, complexifiant ainsi le suivi des mouvements financiers. Selon un dirigeant cité sur YouTube, ce système bénéficierait d’une surveillance étroite voire d’un soutien des autorités russes et kirghizes.
Une explosion des cryptomonnaies liées aux sanctions
En 2025, les transactions en cryptomonnaies traitées par des opérateurs agréés au Kirghizistan ont atteint entre 20,5 et 32 milliards de dollars, soit environ deux à trois fois le PIB du pays estimé à 14 milliards. Cette croissance s’explique par l’exclusion des banques russes des systèmes de paiement internationaux. Le recours à la cryptomonnaie n’est pas un choix technologique mais une nécessité pratique pour les entreprises russes.
Maksim Soldatov, expert financier basé au Kirghizistan, souligne que les cryptos remplissent aujourd’hui un rôle que ne peuvent plus assurer les monnaies traditionnelles pour les acteurs russes. Cette tendance est confirmée par Almaz Chabdanov, pionnier de la réglementation locale dans ce domaine, qui évolue vers un système financier crypto-centric sous forte contrainte géopolitique.
Risques liés à l’activité financière opaque
Le Kirghizistan a officiellement adopté une politique favorable aux cryptomonnaies, avec l’ambition affichée de devenir « la Suisse des cryptomonnaies ». En 2025, le président Sadyr Japarov a même lancé un stablecoin national, le KGST, en partenariat avec le fondateur de Binance. Pourtant, cette activité reste vulnérable. En août 2025, les États-Unis et le Royaume-Uni ont sanctionné plusieurs entités kirghizes, y compris Kapital Bank, pour leur rôle dans le contournement des mesures visant Moscou.
La dépendance accrue à des systèmes financiers alternatifs et le rôle clé de la cryptomonnaie exposent le Kirghizistan à une pression croissante des grandes puissances. Ce pays enclavé, souvent perçu comme une des rares démocraties de la région, s’inscrit ainsi dans un réseau pro-russe discret mais structuré, où se joue une guerre économique sous-tendue par des outils numériques innovants mais opaques.
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