Infomaniak : la stratégie audacieuse pour protéger sa souveraineté face aux GAFAM
Lecture rapide :
– Infomaniak transfère 65% des droits de vote à une fondation
– 9 principes inscrits devant notaire pour protéger la souveraineté numérique
– Fondation financée jusqu’à 5% des bénéfices, serveurs conservés 15 ans
Infomaniak a procédé à une restructuration de sa gouvernance visant à rendre l’entreprise « invendable ». Le fondateur Boris Siegenthaler a transféré la majorité des droits de vote — 65% — à une entité nouvellement créée, la Fondation Infomaniak, reconnue d’utilité publique. L’opération repose sur des actions spéciales non cessibles destinées à empêcher toute revente contraire aux principes fondateurs du groupe.
Transfert de contrôle et mécanisme juridique pour un cloud souverain
La structure adoptée s’apparente à des modèles déjà vus chez des industriels européens : une fondation détentrice des droits de vote qui ne gère pas l’exploitation quotidienne mais veille à la pérennité des principes. La décision a été approuvée à l’unanimité des actionnaires et s’inscrit dans une logique de protection contre des rachats par des acteurs étrangers ou des fonds spéculatifs. Pour un panorama de la mesure et ses implications, voir la présentation détaillée de Frandroid et l’analyse juridique de Numerama.
Charte, principes et garanties inscrits devant notaire
La Charte des participations, actée par des statuts signés devant notaire, fixe neuf principes fondamentaux dont l’indépendance, la souveraineté numérique, la protection de la vie privée et la durabilité environnementale. Ces principes peuvent être renforcés par le Conseil de fondation mais ne peuvent jamais être affaiblis.
La charte interdit notamment l’utilisation des e-mails et des données clients pour entraîner des modèles d’IA sans consentement explicite et révocable. Infomaniak s’engage à conserver ses serveurs jusqu’à 15 ans — soit le triple de la moyenne industrielle — et à réutiliser 100% de l’électricité de son dernier data center pour chauffer 6 000 ménages. La fondation disposera d’un financement pouvant atteindre 5% des bénéfices annuels, en fonction de la santé financière du groupe.
Risques extraterritoriaux et position face aux GAFAM
Le choix d’inscrire l’indépendance dans la forme juridique répond à des risques concrets : dépendance aux infrastructures de grands fournisseurs cloud et possibilité d’ingérence via des lois extraterritoriales comme le Cloud Act. Le groupe évoque aussi des précédents de coupures technologiques motivées politiquement, illustrant la vulnérabilité d’acteurs européens dépendants d’outils américains.
Sur un marché où les rachats sont fréquents, l’argument d’une société « invendable » constitue une garantie de stabilité pour des clients sensibles à la souveraineté des données. Une mise en perspective sectorielle est disponible via CommentCaMarche.
Gouvernance opérationnelle et direction
La fondation ne prendra pas en charge la gestion opérationnelle. L’exécution restera assurée par la direction actuelle : Marc Oehler comme directeur exécutif, Céline Morey à la direction financière et Boris Siegenthaler en charge de la stratégie. Le rôle de la fondation est celui d’un garde-fou chargé de garantir le respect des engagements sur le long terme.
Un plan de transmission du capital vers les salariés existait déjà : 36 collaborateurs détenaient 25% du capital. Les actionnaires ont choisi de compléter et sécuriser ce dispositif via la fondation pour pallier des risques de départs simultanés ou d’évolution imprévisible de la gouvernance.
Infomaniak maintient ainsi sa position d’« alternative européenne » dans un marché dominé par quelques multinationales et renforce son argumentaire commercial sur la stabilité et la protection des données.
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Qu’est‑ce que la Fondation Infomaniak détient exactement ?
La Fondation Infomaniak détient la majorité des droits de vote sous forme d’actions spéciales non cessibles, soit 65% des droits de vote, pour garantir l’indépendance de l’entreprise.
La fondation gère‑t‑elle les opérations courantes ?
Non. La fondation a un rôle de surveillance des principes fondateurs. La gestion opérationnelle reste assurée par la direction en place (Marc Oehler, Céline Morey, Boris Siegenthaler).
Quelles garanties pour les données des clients ?
La charte interdit l’utilisation des e-mails et données clients pour l’entraînement d’IA sans consentement explicite et engage la conservation des serveurs jusqu’à 15 ans, avec des obligations de transparence annuelles.
La fondation est‑elle financée ?
Oui. Elle peut recevoir jusqu’à 5% des bénéfices annuels, sous réserve de la situation financière du groupe, pour financer des initiatives en lien avec la souveraineté numérique et la transition énergétique.
Source: www.commentcamarche.net