Cité centre, Genève
June 28, 2026
L’assistance au départ : un mythe de préférence chez les plus démunis non confirmé par les recherches
Assurances

L’assistance au départ : un mythe de préférence chez les plus démunis non confirmé par les recherches

Juin 28, 2026

Lecture rapide :
– Les recherches étrangères ne confirment pas que les plus pauvres recourent davantage à l’AMM
– Plus de 70 % des bénéficiaires étudiés avaient un niveau d’études supérieur
– Vote prévu le 30 juin à l’Assemblée nationale

La crainte que l’aide médicale à mourir (AMM) soit davantage sollicitée par les personnes les plus modestes revient dans les débats avant le vote fixé au 30 juin à l’Assemblée nationale. Des élus de droite ont cité des exemples internationaux pour étayer cette appréhension, mais les études disponibles à ce jour ne confirment pas une surreprésentation systématique des publics défavorisés parmi les bénéficiaires.

Preuves internationales et limites des indicateurs cités

La députée de Vendée Véronique Besse a affirmé que, dans les pays ayant légalisé l’AMM, les plus pauvres y seraient surreprésentés. Le député Philippe Juvin a repris un chiffre concernant l’Oregon selon lequel la part de bénéficiaires disposant d’une assurance privée serait passée de 65 % à 20 %, pour conclure à une fréquentation accrue par les personnes modestes.

Les auteurs de l’étude citée dans le BMJ soulignent toutefois les limites de ces chiffres et appellent à davantage de travaux pour relier facteurs socioéconomiques et recours à l’AMM. Des chercheuses notent que la possession d’une assurance n’est pas un indicateur fiable de richesse dans tous les systèmes de santé.

Données américaines : éducation et profil des bénéficiaires

Une étude publiée en 2022 portant sur neuf États américains montre que les personnes ayant recours à l’AMM sont majoritairement blanches, âgées, atteintes de cancer et présentent un niveau d’éducation élevé. Sur plus de 5 000 cas étudiés entre 1998 et 2020, plus de 70 % avaient suivi des études supérieures.

La même recherche indique que les motivations principales déclarées sont la perte d’autonomie (91 %) et la dégradation de la qualité de vie (90 %), tandis que des préoccupations financières ne sont mentionnées qu’à hauteur d’environ 8 %.

Constats au Canada, en Suisse et en Belgique

Un rapport fédéral canadien de 2025 conclut que les personnes recourant à l’AMM ne proviennent pas de manière disproportionnée de communautés à faible revenu. En Suisse, une étude publiée dans le BMJ pour la période 2003-2014 associe le suicide assisté à un niveau d’études supérieur et à la résidence dans des quartiers à indice socio-économique élevé.

En Belgique, le professeur Joachim Cohen rapporte que les données empiriques « ne confirment pas » l’argument d’un impact disproportionné sur les plus démunis et suggèrent même le contraire. Selon lui, l’accès à l’AMM suppose souvent des ressources non financières, notamment un capital culturel et social (connaissance du système, réseaux), qui peuvent favoriser les personnes mieux insérées.

Les travaux existants montrent donc des tendances communes : les patient·e·s qui recourent à l’AMM présentent souvent des caractéristiques socio-démographiques et cliniques spécifiques, et les craintes d’une prédominance des plus modestes ne sont pas étayées de manière robuste par les études disponibles.

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Julien Moreau

Julien possède plus de 10 ans d'expérience dans le secteur financier, ayant travaillé dans diverses institutions bancaires à Genève. Il a une expertise particulière dans les investissements, la gestion de patrimoine et les marchés émergents.

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