Silver économie : pourquoi les seniors peinent encore à trouver leur place sur le marché de l’emploi en Suisse
Lecture rapide :
– Seniors recherchés par le marché mais rarement recrutés
– 36’969 chômeurs âgés (50-64) en Suisse en octobre 2025
– Les freins : coûts salariaux, numérique et stéréotypes
Les entreprises reconnaissent la valeur économique des seniors dans des secteurs allant du tourisme à l’automobile, mais peinent à les embaucher. Le contraste entre opportunité de marché et pratiques de recrutement reste marqué, malgré une pénurie de main-d’œuvre souvent invoquée par le patronat.
Emploi des seniors en Suisse : chiffres récents et tendances
Selon le Secrétariat d’État à l’économie (SECO), en octobre 2025 le nombre de chômeurs âgés de 50 à 64 ans s’élevait à 36’969, soit une hausse de 778 personnes (+2,1 %) par rapport au mois précédent et de 4’951 personnes (+15,5 %) sur un an. Le taux de chômage des seniors était stable à 2,5 %.
La situation diffère en France où l’emploi des 50-64 ans progresse : au deuxième trimestre 2025, 69,4 % de cette tranche d’âge était en emploi et 61,8 % pour les 55-64 ans, d’après l’Insee. Malgré ces gains, le taux de chômage des 55-64 ans restait non négligeable en 2024 à 5,2 %, avec un pic à 6,4 % chez les 60-64 ans.
Ces chiffres traduisent un marché contrasté où l’élévation de l’âge effectif de sortie du marché du travail contribue à gonfler les taux d’emploi, mais sans effacer les difficultés de réinsertion pour les demandeurs d’emploi âgés.
Freins à l’embauche : coûts, compétences numériques et stéréotypes
Les employeurs évoquent fréquemment des arguments financiers : salaires plus élevés et charges sociales supérieures, ainsi que des craintes sur la mobilité et la flexibilité. Peter Burri Follath, de la Fondation Pro Senectute, souligne ces freins tout en rappelant que les seniors bénéficient en moyenne de plus de treize années de bonne santé après 65 ans.
Un autre frein majeur est perçu dans les compétences numériques. Les recruteurs supposent parfois que les profils de plus de 50 ans manqueront d’agilité face aux outils. Pour Pro Senectute, la question relève davantage d’un besoin d’accompagnement ciblé que d’une incapacité intrinsèque.
IA et reconversion : adaptabilité et opportunités pour les 50+
Philippe Wanner, professeur à l’Institut de démographie et socioéconomie de l’Université de Genève (UNIGE), constate deux effets de l’intelligence artificielle : elle peut accentuer l’écart de vitesse sur certaines tâches mais aussi permettre aux seniors de conserver et d’exploiter des compétences par l’usage d’outils facilitants. L’IA n’apparaît donc pas comme un obstacle systématique.
La reconversion professionnelle est présentée comme une piste pour renouer avec l’emploi, surtout pour des 55-65 ans qui ont déjà connu des mobilités au cours de leur carrière. Philippe Wanner rappelle que cette génération a souvent déjà changé d’activité et peut développer de nouvelles compétences.
Retours d’acteurs du terrain et secteurs qui recrutent
Caroline Milller, fondatrice du cabinet de recrutement HeadToHead, pointe les préjugés persistants, notamment dans les start-up et le digital. Elle défend l’idée que la génération des 50 ans et plus a traversé plusieurs révolutions technologiques et sait s’adapter, proposant le binôme jeune–senior comme méthode d’évaluation.
Des secteurs comme le médico-social, la santé et l’industrie montrent déjà des efforts pour maintenir l’expérience en poste, faute de relève suffisante. Le bénévolat et l’engagement après la retraite restent des contributions importantes, visibles dans le soutien aux activités sociales et à la santé.
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