Marché du carbone : Comment la Tunisie laisse filer des millions de dollars chaque jour dans l’air
« Lecture rapide : – La Tunisie laisse filer des revenus via ses émissions de CO2 – 900 milliards $ marché actuel, horizon 4000 milliards $ – Création urgente d’une DNA pour monnayer les crédits carbone«
Les émissions de CO2 tunisiennes continuent de s’évaporer dans l’atmosphère alors que ces volumes pourraient être valorisés sur le marché du carbone. La question a été au cœur d’un séminaire du Centre de recherche sur le changement climatique de l’IACE, présidé par Slim Zghal, où une étude d’Iman Khanchel a montré que la mise en place des mécanismes nécessaires est techniquement à portée de main.
Potentiel financier du marché du carbone pour la Tunisie
Le marché du carbone international génère actuellement 900 milliards de dollars US et des observateurs l’estiment susceptible d’atteindre 4000 milliards à court terme. Pour la Tunisie, cette manne représente une source de revenus potentiels et un levier pour financer le développement durable et l’économie verte.
Bases réglementaires et la nécessité d’une DNA
La Tunisie s’est dotée d’une CDN qui a permis d’identifier et de quantifier les sources et les réductions possibles d’émissions. Il manque toutefois l’unité certificatrice, la Designed National Authority (DNA), chargée de tenir le registre national et d’éviter la double comptabilisation.
Le pays peut se conformer aux alinéas A6.2 et A6.4 de l’article 6 de la COP pour échanger des quotas, à condition d’établir cette autorité de certification publique et de renforcer les garanties contre la fraude.
Passerelles internationales, transactions pilotes et contraintes
Des passerelles existent déjà: la Suisse via la plateforme publique KLIK et le Japon offrent des voies opérationnelles. Une troisième passerelle est en préparation avec Singapour. À titre expérimental, une transaction pilote a eu lieu à la Bourse de Tunis en mai 2025, avec les deux parties prenantes étrangères.
L’Union européenne a mis en place le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) dès le 1er janvier 2026, qui concerne actuellement 3% des exportations tunisiennes. Cette taxe carbone, intégrée dans la loi de finances 2026, peut générer des ressources pour accompagner la décarbonation industrielle.
Enjeux économiques : pertes financières et opportunités
Ne pas saisir ces flux revient à laisser filer des pertes financières quotidiennes alors que des crédits pourraient être vendus sur les marchés régulés et volontaires. Le marché régulé couvre les six secteurs les plus polluants identifiés par la COP, comme le ciment et l’acier, tandis que le marché volontaire cible des secteurs non encore indexés.
Sur le continent africain, le Kenya a enregistré des transactions pour environ 100 millions de dollars US, montrant qu’une bascule vers une économie verte peut générer des recettes et améliorer l’image du pays auprès des investisseurs étrangers.
La combinaison d’une DNA opérationnelle, de passerelles internationales et d’un usage ciblé des recettes issues du MACF offre une trajectoire pour convertir la pollution atmosphérique en ressources destinées au développement durable. La discussion ouverte durant le séminaire de l’IACE illustre que le cadre technique et réglementaire n’est plus l’obstacle principal, mais que des décisions politiques restent à prendre.
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