Assurance maladie en Suisse : plaidoyer pour une caisse unique et des primes ajustées aux revenus
La confirmation d’une hausse moyenne de 4,4% des primes d’assurance maladie pour 2026 a relancé en Suisse l’axe politique en faveur d’une caisse unique et de primes ajustées aux revenus. Un sondage publié le 30 septembre par des titres de Tamedia indique que 14% des personnes interrogées jugent « très difficile » le paiement des primes et 53% parlent d’une « charge importante ». Dans ce même sondage, 68% se déclarent favorables à une caisse publique unique, tandis que la réduction du nombre d’hôpitaux ne recueille qu’un soutien minoritaire. Les modalités actuelles de la couverture et de la tarification de l’assurance de base restent encadrées par la LAMal et structurent la répartition de l’effort entre ménages, cantons et assureurs, selon une logique décrite par le fonctionnement de l’assurance santé suisse.
Assurance maladie en Suisse : hausse des primes 2026 et accélération du débat sur la caisse unique
L’écart entre la moyenne annoncée et la dynamique des contrats les moins chers est mis en avant par une enquête citée début octobre, attribuant une progression moyenne de 7,1% aux offres à franchises élevées. Cette évolution intervient alors que les modèles alternatifs ont été promus pendant des années comme amortisseurs budgétaires, avec un effet mécanique lorsque l’adhésion devient majoritaire et réduit l’avantage relatif.
Le calendrier réglementaire de l’automne, marqué par la réception des nouvelles polices et la mobilité d’assurés, accroît les coûts de gestion liés aux changements de caisse et à l’administration des contrats. Les dynamiques de prix documentées pour 2026 alimentent aussi l’attention portée aux décisions politiques antérieures, dont le refus en votation d’une extension du pilotage par les assureurs, et à leurs traductions opérationnelles actuelles, thème également suivi via les primes d’assurance maladie 2026.
Caisse unique et coûts de structure : gouvernance, distribution, compensation des risques
Le système multi-assureurs, ramené de 159 entités en 1996 à 44 en 2024, conserve des structures parallèles. Des rémunérations de direction publiées en juin font état d’enveloppes annuelles proches d’un million de francs pour certains dirigeants, avec des progressions signalées entre 2016 et 2022 pour des postes comparables. Ces coûts s’ajoutent à des budgets publicitaires estimés à 110 millions par an pour 2022 et à la rémunération d’intermédiaires, dont des boni rapportés jusqu’à 100’000 francs sur deux ans chez un assureur, dans un contexte d’accord de branche plafonnant la distribution pour l’assurance de base et les complémentaires.
La segmentation concurrentielle implique un dispositif de compensation des risques géré par l’Institution commune LAMal, fondé sur des indicateurs tels que âge, sexe, hospitalisation ou séjour en EMS, et groupes de coûts pharmaceutiques. La logique d’une caisse unique supprimerait les transferts inter-caisses et reposerait sur une mutualisation intégrale, avec un impact direct sur l’architecture des provisions, aujourd’hui constituées au niveau de chaque assureur et non transférées lors des changements d’affiliation.
Primes ajustées aux revenus : financement équitable, solidarité et protection sociale
Le débat sur des primes ajustées aux revenus se concentre sur la régressivité des primes par tête. Des données de l’OFS sur le budget des ménages montrent, pour des couples avec enfants en 2020-21, une charge de 13,6% du revenu brut pour le quintile le plus bas contre 3,7% pour le quintile le plus élevé, avec des primes proches en francs. Un rapport Ecoplan de 2022 sur la réduction des primes indique qu’après subventions cantonales, les cotisations restant à charge des ménages à condition économique modeste représentent en moyenne 13,7% du revenu disponible.
La proposition d’un financement proportionnel, intégrant une participation patronale comparable à d’autres assurances sociales, est présentée comme un vecteur de solidarité, de financement équitable et de protection sociale. Les comparaisons avec des régimes voisins où les employeurs contribuent sont mobilisées, dans un contexte où l’emploi et les revenus conditionnent l’accessibilité financière, y compris pour des profils transfrontaliers suivis dans frontaliers et résidence à Genève et, plus largement, dans le marché de l’emploi en Suisse.
Réforme santé : pouvoir de pilotage, contrats 2026 et articulation avec les complémentaires
Un cas opérationnel mis en avant dans la presse alémanique concerne un modèle contractuel proposé dès 2026 conditionnant l’accès à certains spécialistes à un établissement hospitalier de référence, en contrepartie d’un rabais mensuel annoncé pour un assuré avec franchise minimale dans plusieurs cantons du nord-ouest. Ce type de montage, fondé sur des restrictions de réseau, est interprété comme une extension de fait du pouvoir de sélection des prestataires, alors que le libre choix avait été défendu lors d’une votation de 2012 rejetant des mécanismes similaires.
Sur le segment des assurances complémentaires, l’OFS a relevé en 2022 un excédent de financement associé aux assurances, attribué aux complémentaires, avec un écart de 1,4 milliard entre primes encaissées et prestations versées, pour environ 5,7 milliards de prestations. Pour 2023, l’écart avoisine le milliard selon l’OFS. La proximité opérationnelle entre assurance de base obligatoire et complémentaires demeure un point de tension, dans une réforme santé où la représentation institutionnelle des assurés, des pouvoirs publics et des prestataires conditionne la capacité de pilotage public. Les positions d’acteurs et les refus de baisse sont suivis dans le refus de baisse des primes maladie, sur un marché où les arbitrages des ménages se font aussi au regard d’autres postes de consommation, comme l’illustrent des pratiques transfrontalières décrites dans les achats en zone frontière suisse.
Dans ce contexte, la caisse unique et des primes ajustées aux revenus restent au centre d’un débat sur la structure de gouvernance, la distribution des coûts administratifs, la compensation des risques et la cohérence entre assurance de base et complémentaires, avec pour enjeu explicite l’accessibilité de l’assurance maladie en Suisse et le cadre de solidarité associé à la protection sociale.