La Semaine Éco : Tunisie en perte de terrain, quand l’arbitre économique perd son autorité
Lecture rapide :
– Tunisie 2026 : liquidités abondantes mais confiance défaillante
– 29,3 milliards de dinars hors du système bancaire
– Classement GIRRI : 118ᵉ place, derrière le Maroc et l’Algérie
L’économie tunisienne affiche une abondance de liquidités et une numérisation accrue des services, mais traverse une crise d’allocation des ressources et de confiance institutionnelle. Les billets en circulation sont passés de 15,8 milliards en 2021 à 28,6 milliards en 2026, et près de 29,3 milliards de dinars circuleraient hors du système bancaire, un phénomène qui alimente l’économie informelle et réduit la traçabilité fiscale.
Tunisie 2026 : liquidités abondantes, confiance déficiente
La disponibilité de cash ne se convertit pas en investissement productif. Les banques détournent une part croissante de leur intermédiation vers l’État, les crédits publics représentant désormais 38,3 % du PIB et 35,7 % du total des crédits bancaires, au détriment du financement des PME et des filières exportatrices.
Le résultat est une économie riche en monnaie mais pauvre en mécanismes capables de la transformer en croissance durable.
Filière viticole : image d’un rejet de règle devenue obstacle
La filière viticole illustre la rupture entre réglementation et production. Les surfaces de vigne auraient chuté de 100 000 hectares en 1952 à environ 5 600 hectares en 2026, et la production annuelle se situe autour de 25 à 28 millions de bouteilles, contre quelque 40 millions auparavant.
Les causes évoquées combinent restrictions d’importation de plants, vieillissement du vignoble et une fiscalité pouvant absorber entre 50 % et 55 % du chiffre d’affaires, un enchaînement qui bride la qualité, les exportations et l’emploi agricole.
Crédits, État et éviction du privé : quand l’épargne se replie sur la dette souveraine
La préférence bancaire pour la dette publique réduit l’offre de crédit aux entreprises. Selon les analyses, les crédits accordés à l’État ont presque doublé en proportion du PIB entre 2021 et 2026, limitant la capacité des banques à financer la production et l’investissement privé.
Cette éviction financière nourrit un cercle où l’épargne nationale finance surtout des placements perçus comme sûrs, au prix d’une moindre résilience industrielle.
Signalements financiers et la numérisation de la surveillance
La Commission tunisienne des analyses financières note une hausse des déclarations de soupçon, passées de 446 en 2020 à 1 334 en 2025, portée par la plateforme GoAML. Près de 98 % de ces signalements concernent le blanchiment d’argent, les secteurs du commerce international, du textile associatif et du BTP figurant parmi les plus exposés.
La multiplication des alertes souligne l’ampleur des flux que le système doit désormais contrôler, mais elle n’efface pas la perception d’une application des règles incertaine.
Investissements étrangers et réputation : Choose Tunisia vers Trust Tunisia
Le Tunisia Investment Forum 2026 a mis en avant des progrès et des secteurs compétitifs, la hausse annoncée des IDE en 2025 de 30 % témoignant d’un intérêt maintenu. Toutefois, 90 % de cette progression proviendrait d’entreprises déjà implantées, et seulement 10 % de nouveaux entrants, ce qui limite l’effet d’attraction extérieur.
Le recul à la 118ᵉ place du GIRRI 2026 illustre un fossé entre l’image promue dans les forums et le risque perçu par les conseils d’administration.
Vers une reconfiguration des mécanismes de financement
Le débat public évoque plusieurs chantiers : rendre l’économie formelle plus attractive que l’informel, réduire l’éviction du privé par le financement de l’État, améliorer la logistique et cibler des instruments de crédit pour PME exportatrices et secteurs stratégiques. Ces propositions apparaissent déjà dans les analyses d’acteurs économiques et des forums internationaux.
La promesse affichée doit désormais se traduire par des règles lisibles et une application prévisible pour convaincre au-delà des partenaires existants.
Le verdict économique : la règle avant l’outil
La comparaison avec l’arbitrage sportif à la Coupe du monde 2026 rappelle qu’une caméra ou une plateforme numérique n’effacent pas une procédure contestée. La numérisation administrative est une avancée technique, mais la confiance reste tributaire de la clarté des règles et de l’indépendance de leur application.
Pour la Tunisie, la question n’est plus seulement d’attirer des capitaux mais de mériter durablement leur confiance.
Vu par lemanfinance sur : Google News