Le Sultanat d’Oman, la Suisse de l’Orient : cette monarchie discrète au rôle central inattendu
Lecture rapide :
– Rôle de médiateur d’Oman au cœur du blocus d’Ormuz
– 20% du pétrole mondial transite par le détroit
– Oman, monarchie discrète en transition économique
Depuis le 28 février 2026, l’Iran a bloqué le détroit d’Ormuz en réaction aux frappes menées par les États‑Unis et Israël. Ce passage maritime, par lequel transite près de 20% du pétrole mondial ainsi qu’une part significative du gaz naturel liquéfié, est presque paralysé, plaçant le Sultanat d’Oman en première ligne.
Le Sultanat d’Oman, la Suisse de l’Orient sous pression au détroit d’Ormuz
Co‑gestionnaire historique du détroit avec l’Iran, le Sultanat d’Oman assume un rôle central dans la crise. Fidèle à sa tradition de diplomatie consensuelle, Mascate tente de préserver un équilibre entre puissances en présence, même si la paralysie du passage réduit sa marge de manœuvre.
Tigrane Yegavian, interrogé par le Podcast royal, rappelle que la diplomatie omanaise repose sur la neutralité et une relation asymétrique avec l’Iran, héritage d’un soutien iranien lors de la révolte du Dhofar. Le fait qu’Oman n’ait pas été directement visé par les frappes iraniennes est perçu comme significatif.
Diplomatie discrète et héritage historique
La diplomatie omanaise joue sa singularité sur la discrétion et la continuité des liens, ayant toujours entretenu de bonnes relations avec l’ensemble des acteurs régionaux. L’ibadisme et l’histoire d’une thalassocratie tournée vers l’océan Indien, jusqu’à Zanzibar, constituent un soft power culturel qui nourrit cette position.
Malgré un revers diplomatique lié au sentiment d’avoir été dupé par les Américains poussés par Israël, Oman relance ses efforts de médiation, cherchant à maintenir sa crédibilité dans la géopolitique du Moyen‑Orient. Cette voie reste un élément clé de sa stabilité.
Monarchie discrète et transition politique : du sultan Qabus à Haïtham ben Tariq
L’héritage du sultan Qabus ibn Said a transformé le pays, mais sa disparition a laissé des incertitudes. Son successeur, le sultan Haïtham ben Tariq, a initié une redistribution des pouvoirs en délégant la gestion des Finances et de la Défense et en inscrivant un héritier dans la Constitution, amorçant une transition vers une monarchie plus constitutionnelle.
Ce repositionnement politique se fait dans un contexte fragile : le pétrole et le gaz représentent encore 75% des recettes budgétaires et 30% du PIB. Le plan Oman Vision 2040 vise une transformation souhaitée, mais les objectifs, comme 40% d’énergies renouvelables, butent sur des contraintes budgétaires.
Économie, infrastructures et paix sociale
L’économie omanaise pâtit d’un problème de compétitivité et d’un modèle fondé sur la rente. Les mesures classiques pour préserver la paix sociale, comme la création d’emplois publics après les manifestations de 2011‑2012, deviennent coûteuses face à la baisse des recettes pétrolières.
Le tourisme haut de gamme et les grands projets culturels sont présentés comme des alternatives, mais certains équipements semblent surdimensionnés et peu rentables. La question centrale reste la capacité du pouvoir à garantir la stabilité sociale à l’heure de l’après‑pétrole.
Dans un paysage régional tendu, le Sultanat d’Oman continue de jouer la carte de la diplomatie mesurée et de la stabilité, tout en affrontant des défis politiques et économiques majeurs qui déterminent sa marge de manœuvre.
Vu par lemanfinance sur : BFMTV.com