ENTRETIEN. Mémona révèle : « Nos animaux reflètent la vulnérabilité profonde de notre temps »
Lecture rapide :
– Mémona Hintermann explore le lien entre humains et animaux
– Son fils Julien, vétérinaire, a inspiré le livre
– Les animaux exposent une vulnérabilité sociale et offrent réparation
Mémona Hintermann, grand reporter devenue assistante en clinique vétérinaire, publie Nos animaux nous réparent, une enquête intimiste née des confidences des propriétaires reçus par son fils. Le livre tire des gestes quotidiens — soins, deuils, dépenses parfois considérables — une cartographie des émotions contemporaines.
Mémona Hintermann et Nos animaux nous réparent : enquête sur le lien humain-animal
Issue d’une enfance marquée par la précarité, Mémona décrit comment l’arrivée d’un chien puis d’un chat dans sa famille a joué un rôle stabilisateur. Le récit familial explique la trajectoire de Julien : études vétérinaires à Liège, expériences en Suisse puis reprise de la clinique de Capbreton en 2023.
Ce parcours a placé l’auteure au contact direct de propriétaires de tous horizons, dont les paroles ont constitué la matière du livre. Cette section établit l’origine documentaire de l’enquête et son ancrage dans des situations personnelles précises.
Le rôle du vétérinaire et la clinique de Capbreton
Mémona a exercé comme assistante et recueilli des confidences que leurs auteurs n’oseraient pas livrer ailleurs. Elle rapporte des récits de deuils liés à l’euthanasie, de personnes âgées isolées soutenues par un chat, et de familles où l’animal devient un repère moral.
Ces témoignages mettent en lumière des enjeux concrets : coûts financiers consentis pour les soins, violences intérieures dévoilées au moment des décisions de fin de vie, et même un constat statistique mentionné dans le livre à propos du mal-être professionnel — les vétérinaires se suicident 3 à 4 fois plus que la moyenne, selon l’auteure. Cette observation relie la détresse animale et humaine au métier lui‑même.
Animaux, vulnérabilité sociale et émergence d’une nouvelle civilisation
Mémona propose que la place accordée aux animaux révèle une fragilité sociale : familles éclatées, solitude des personnes âgées, tensions conjugales exacerbées par la mort d’un animal. Elle cite des cas précis, comme une femme qui a rompu avec son compagnon parce qu’il ne comprenait pas son chagrin après la perte de son chien.
Pour l’auteure, ces relations peuvent à la fois compenser un manque social et permettre à certains de se reconstruire. Elle mentionne également la réflexion de Boris Cyrulnik sur ces liens, suggérant qu’ils participent à l’émergence d’une manière différente de cohabiter entre humains et animaux.
Nos animaux nous réparent présente des anecdotes concrètes et des témoignages directs pour montrer comment la présence animale interroge la société contemporaine et révèle des formes de vulnérabilité.
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