Affaire libyenne : la défense de Nicolas Sarkozy inquiète face à de possibles nouvelles révélations écrites de Claude Guéant
Lecture rapide :
– La défense de Nicolas Sarkozy fragilisée par une lettre de Claude Guéant
– 500 000 euros auraient transité via les comptes Bugshan
– Confrontation prévue le 29 avril, plaidoiries du 4 au 27 mai
Le procès en appel du financement libyen de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy entre dans sa sixième semaine. Il reste environ un mois d’audience; le président Olivier Géron a demandé aux parties civiles, le 20 avril, de préparer l’ordre des plaidoiries qui doivent commencer le 4 mai et s’étaler jusqu’au 27 mai. La cour mettra ensuite son arrêt en délibéré.
Avant ces plaidoiries, le tribunal doit examiner la personnalité des onze prévenus et organiser une ultime confrontation le 29 avril pour opposer les positions de Nicolas Sarkozy, de son ancien ministre Brice Hortefeux et de son ancien collaborateur Claude Guéant. Claude Guéant est dispensé d’audience pour raisons médicales.
Affaire libyenne : révélations écrites de Claude Guéant qui inquiètent la défense
La défense de Nicolas Sarkozy a été prise de court par une lettre écrite par Claude Guéant, lue à l’audience et reprise par son avocat. L’avocat a également déclaré sur RTL le 15 avril : « Il ne faut pas chercher Claude Guéant. Si on devait encore l’attaquer, il réagirait ». Cette réponse a été qualifiée d’enjeu majeur pour la suite de la procédure judiciaire.
La rencontre Senoussi au cœur des révélations
Dans sa lettre, Claude Guéant indique qu’il n’a pas le souvenir d’avoir immédiatement rendu compte à Nicolas Sarkozy d’une rencontre, le 30 septembre 2005, avec Abdallah Senoussi, numéro 2 du régime libyen. Cette rencontre est présentée par l’accusation comme le point de départ du « pacte de corruption » : des liquidités libyennes en échange d’engagements pour la situation pénale de Senoussi.
Le dossier rappelle que Senoussi avait été condamné en 1999 par contumace à la réclusion criminelle à perpétuité pour l’attentat du DC‑10, qui a causé 170 morts, dont 54 Français. La nouvelle lecture de la chronologie par Guéant fragilise la stratégie de défausse soutenue par la défense.
Les comptes Bugshan : le circuit des 500 000 euros au centre de l’enquête
Les juges se sont penchés sur les comptes de Khalid Ali Bugshan, accusé d’avoir fait transiter, en février 2008, 500 000 euros depuis son compte à Djeddah vers le compte BNP Paribas de Claude Guéant, via le cabinet d’avocats malaisien Rajendram Associates à la RHB Bank Berhad. Le tribunal a estimé que la vente de tableaux avancée par Guéant pour justifier la somme était « fictive » et que les documents étaient des faux.
Deux ans plus tard, le 24 mars 2010, un virement de 600 000 euros part d’une société panaméenne, Bedux, pour revenir sur le compte saoudien de Khalid Ali Bugshan. Les relevés saisis chez Wahib Nacer portent des annotations manuscrites (« AD » pour Alexandre Djouhri, « SKB » pour Saudi Khalid Bugshan) que le tribunal a interprétées comme le remboursement d’une avance destinée à régler le paiement à Guéant.
Une « chambre de compensation » occultée selon les juges
Les magistrats décrivent, à partir des relevés saisis chez Wahib Nacer, une « chambre de compensation occulte » qui a servi à redistribuer des fonds et à payer des dépenses pour le compte d’Alexandre Djouhri. Le parcours des fonds implique également le Libyan African Portfolio (LAP) et l’achat, pour un peu plus de 10 millions d’euros, d’une société détentrice de la villa dite « Nabila ».
En première instance, Khalid Ali Bugshan a été condamné à trois ans de prison et à quatre millions d’euros d’amende pour blanchiment en bande organisée. Wahib Nacer, 81 ans, a reçu quatre ans de prison et deux millions d’euros d’amende pour blanchiment aggravé et complicité de trafic d’influence.
La lettre de Claude Guéant et les éléments bancaires des comptes Bugshan rapprochent plusieurs fils de l’enquête : financement illégal, détournement de fonds publics libyens, et implications d’intermédiaires comme Alexandre Djouhri et Wahib Nacer. La confrontation attendue le 29 avril pourrait être déterminante pour la défense de Nicolas Sarkozy.
Vu par lemanfinance sur : Google News