La Suisse déchue de son statut de paradis fiscal, mais les millionnaires y affluent toujours en masse
Lecture rapide :
– La Suisse perd son image de paradis fiscal mais reste prisée.
– 1,1 million de millionnaires y résident.
– 3 000 nouveaux millionnaires sont arrivés en 2024.
La Suisse conserve une attractivité nette pour les patrimoines élevés malgré un débat public sur son statut fiscal. Les mouvements récents montrent un contraste entre critiques internationales et flux réels de résident·e·s fortuné·e·s.
Attractivité fiscale de la Suisse pour les étrangers fortunés
La clé reste la fiscalité. Le forfait fiscal permet à des étrangers qui ne travaillent pas en Suisse d’être imposés sur leurs dépenses plutôt que sur leurs revenus et leur fortune, selon l’avocat fiscaliste genevois Xavier Oberson. Le dispositif ménage un avantage fiscal significatif pour les nouveaux résidents.
Le visa doré complète l’offre: certains non-UE obtiennent un permis en échange d’une contribution minimale annuelle pouvant débuter à 250 000 francs. Ces mécanismes expliquent en partie la persistance des arrivées.
Profil des nouveaux résidents fortunés
La Suisse affiche 1,1 million de millionnaires et, d’après le Global Wealth Report d’UBS, un adulte sur sept possède plus d’un million de dollars. Le cabinet Henley & Partners calcule qu’un millionnaire s’installe en Suisse toutes les trois heures, un flux corroboré par l’arrivée de 3 000 nouveaux millionnaires en 2024, soit le double de l’année précédente.
Le profil géographique des entrants se précise: parmi les étrangers figurant dans les 300 ménages les plus riches, 31% sont allemands, 11% français, 6% italiens et 5% britanniques, détaille Marius Brülhart, professeur d’économie à l’université de Lausanne. Ces chiffres dessinent une clientèle majoritairement européenne.
Les motivations ont évolué: après l’échange automatique d’informations financières en 2017, la Suisse n’est plus le refuge du secret bancaire. Les nouveaux arrivants recherchent surtout qualité de vie, sécurité et écoles, selon des praticiens du secteur.
Conséquences politiques et symboliques
Le départ en Italie de Renaud de Planta, ancien associé senior de la banque Pictet, a provoqué une onde de choc à Genève et illustré la sensibilité du sujet. L’initiative des Jeunes socialistes proposant une taxation des gros héritages à 50 % a relancé les craintes d’exode fiscal, mais son rejet massif a renvoyé un signal politique clair.
La votation a renforcé l’idée d’une volonté politique de préserver l’accueil des patrimoines élevés, au moins pour le moment.
Place financière, secret bancaire et sécurité
Depuis l’AEOI 2017, il devient risqué de ne pas déclarer des comptes suisses, explique Marius Brülhart, ce qui a transformé le profil des expatriés fortunés. L’avocate fiscale Eve D’Onorio Di Méo, qui a ouvert un cabinet à Genève, note une demande croissante axée sur la gestion patrimoniale plutôt que sur la dissimulation d’actifs.
La Suisse se présente désormais comme un écosystème complet pour les riches: écoles privées, immobilier de prestige, compagnies de jets privés et services de gestion du patrimoine. La géopolitique joue aussi en faveur de la Confédération: la perception de sécurité, renforcée par les tensions internationales, rend la place helvétique plus attractive que certaines destinations alternatives.
Les analyses extérieures restent prudentes: un rapport du Boston Consulting Group signalait que la Suisse pourrait perdre sa position de leader mondial dans la gestion transfrontalière de fortune, un risque à suivre face aux évolutions réglementaires internationales.
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