À la recherche de talents : pourquoi il faut se tourner vers la France et l’Allemagne pour recruter du personnel qualifié
Lecture rapide :
– Les entreprises suisses recrutent des spécialistes en France et en Allemagne
– 35% d’étrangers chez Steiger (site de Vionnaz)
– Vote sur l’initiative «Pas de Suisse à 10 millions» prévu le 14 juin
La tension entre besoins de main-d’œuvre et politique migratoire s’est cristallisée autour de l’initiative dite «Pas de Suisse à 10 millions». Les milieux économiques alertent sur le risque de pénurie de profils qualifiés si la mobilité se réduit, alors que plusieurs entreprises suisses tirent déjà parti de viviers en France et en Allemagne.
Recruter en France et en Allemagne : où les compétences manquent en Suisse
Le fabricant de machines textiles Steiger, basé à Vionnaz, emploie une quarantaine de personnes et compte 35% d’employés étrangers. Selon Pierre-Yves Bonvin, directeur général, la société trouve des ingénieurs en Suisse mais doit aller chercher en France et en Allemagne des spécialistes pour tester et régler ses machines faute de formations locales.
Sans ces compétences importées, Steiger juge impossible de maintenir en Suisse la production de ses machines à haute valeur ajoutée. Phrase-clé : le savoir-faire opérationnel se déplace là où la formation existe.
Secteurs pénalisés et données chiffrées
Le tourisme et l’hôtellerie comptent parmi les secteurs les plus dépendants : selon Martin von Moos, président de la fédération hôtelière, plus de 50% des employés y sont étrangers, notamment pour des métiers comme cuisinier. L’industrie médicale, le bâtiment et les soins aux personnes âgées évoqués par les employeurs s’appuient eux aussi sur des recrutements transfrontaliers.
La Suisse exporte une part majeure de sa production vers l’Union européenne, avec des exportations de marchandises dépassant 147 milliards de francs vers l’UE l’an passé. Ypsomed prévoit de recruter une centaine de polymécaniciens à Soleure, mais reconnaît que la formation locale ne suffira pas et vise la France, l’Allemagne et la Pologne pour combler le besoin. Phrase-clé : les filières d’exportation exigent des compétences qui ne se trouvent plus uniquement en Suisse.
Risques pour les accords internationaux et l’emploi qualifié
L’initiative portée par l’UDC pourrait remettre en cause l’accord de libre-circulation signé en 1999 et fragiliser d’autres traités liant la Suisse à l’UE, premier partenaire commercial helvétique. Les organisations patronales et les syndicats parlent d’«initiative du chaos», redoutant des effets sur l’emploi et les relations commerciales.
La vice-présidente de l’UDC, Céline Amaudruz, assure qu’avec un oui environ 40’000 personnes pourraient encore venir chaque année. À l’inverse, Simon Michel (PLR), directeur d’Ypsomed, craint que la priorité donnée à la santé et aux soins ne pénalise l’industrie. Phrase-clé : limiter la mobilité risque d’affecter la chaîne d’approvisionnement en compétences.
Réactions d’entreprises et perspectives de recrutement
Des dirigeants comme Pierre-Yves Bonvin soulignent que l’accès au marché européen est «vital» pour l’exportation de machines spécialisées. Les syndicats, notamment Unia, mettent en garde contre une levée des protections entre travailleurs résidents et étrangers, qui pourrait ouvrir la porte à la sous-enchère salariale.
Face aux difficultés de recrutement locales, plusieurs entreprises intensifient leurs recherches en France et en Allemagne ou envisagent des délocalisations partielles si l’accès aux compétences se réduit. Phrase-clé : le choix de recrutement déterminera en grande partie la localisation des activités industrielles.
Vu par lemanfinance sur : AFP