Industrie : les raisons derrière la forte perte d’emplois dans le Jura comparée au reste de la France
Lecture rapide :
– Spécialisation jurassienne dans plasturgie, métallurgie et bois
– La Bourgogne‑Franche‑Comté a perdu près de 14 000 emplois industriels (‑8%)
– Zone de Saint‑Claude : recul supérieur à 20% entre 2013 et 2022
Une étude de l’Insee sur la période 2013‑2022 montre que la Bourgogne‑Franche‑Comté a vu l’emploi industriel reculer d’environ 14 000 postes, soit une baisse de 8%, alors que la tendance est davantage à la stabilisation ailleurs en France. La région reste néanmoins fortement industrielle, l’industrie représentant encore 17% de l’emploi total, et plusieurs bassins jurassiens figurent parmi les plus dépendants du manufacturier.
Industrie : pourquoi le Jura perd plus d’emplois que le reste de la France
Le Jura s’est historiquement appuyé sur des filières comme la plasturgie, la métallurgie et le bois. Cette spécialisation expose le territoire aux mutations structurelles du secteur, la concurrence internationale et la recomposition des marchés, des facteurs pointés par l’Insee comme source du déséquilibre régional.
L’étude note que la région présente « l’orientation industrielle sectorielle la plus défavorable » parmi les régions françaises : les activités les plus présentes localement sont celles qui perdent le plus d’emplois au niveau national, tandis que les secteurs qui créent des emplois — agroalimentaire, chimie‑pharmaceutique, textile — sont moins implantés.
Les conséquences locales dans le Haut‑Jura et à Saint‑Claude
Les bassins de Saint‑Claude et de Morez comptent encore plus de 30% d’emplois dans l’industrie, mais la zone d’emploi de Saint‑Claude a enregistré un recul industriel dépassant 20% sur la période 2013‑2022, la classant parmi les trois territoires les plus atteints en France de province.
L’exemple de la fonderie MBF à Saint‑Claude, qui employait 280 personnes et a fermé en 2021, illustre l’impact local : pertes d’emplois, fragilisation des services de soutien et départs de savoir‑faire spécialisés.
Handicaps structurels : éloignement, dépendance et concurrence suisse
L’étude identifie plusieurs freins : l’éloignement des grandes métropoles qui réduit l’accès aux centres de recherche et aux réseaux décisionnels, une plus grande dépendance à des groupes étrangers et un positionnement moins tourné vers la R&D que dans d’autres régions.
La proximité de la Suisse accentue la concurrence sur le recrutement, attirant une partie des compétences vers les emplois frontaliers. Parallèlement, la désindustrialisation des années 2000 a laissé des traces durables dans certains écosystèmes locaux.
Recomposition industrielle et productivité
L’industrie de la région se transforme : la production peut augmenter malgré la baisse des effectifs grâce à l’automatisation, à la montée en gamme et à l’externalisation. Sur plusieurs décennies, la productivité par emploi a progressé, passant selon les sources d’environ 52 000 € à 83 000 € par poste, signe que les entreprises continuent d’investir.
La nature des emplois change : moins d’ouvriers non qualifiés et plus de techniciens, d’ingénieurs et de spécialistes. La mutation pose un défi majeur pour accompagner la montée en compétences tout en préservant l’emploi local.
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