Immobilier en Haute-Savoie : les copropriétaires confrontés aux défis majeurs de la rénovation énergétique
Lecture rapide :
– Forte pression financière sur les copropriétés
– 70 syndics, 52’886 lots enquêtés
– Guichet MaPrimeRénov’ suspendu, redémarrage prévu
L’enquête de la Fédération nationale de l’immobilier Savoie Mont Blanc (Fnaim SMB), réalisée auprès de 70 syndics représentant 52’886 lots, dresse un panorama net des chantiers de rénovation en Haute-Savoie et de leurs freins financiers.
Rénovation énergétique en Haute-Savoie : état des travaux et des décisions
Selon la Fnaim SMB, 23 opérations sont en phase de travaux, 32 ont été votées mais non engagées et 68 sont en phase d’étude. Les montants votés montrent l’ampleur du défi : seulement 5% des opérations disposent d’un budget entre 100’000 et 500’000 €, 47% se situent entre 500’000 et 1 million €, 32% entre 1 et 1,5 million € et 16% dépassent 1,5 million €.
Ces chiffres traduisent une concentration des projets sur des immeubles qui exigent des financements lourds, ce qui pèse sur les décisions des assemblées générales.
Postes de travaux : façades, toitures et VMC au premier plan
Les copropriétés privilégient d’abord l’isolation des façades, couplée dans 60% des cas à la réfection de la toiture. Le deuxième poste identifié est la mise en place ou la rénovation des VMC. Le remplacement de la chaufferie ou du système de chauffage concerne seulement 25% des rénovations, les fenêtres fermant la liste des principaux travaux.
Raphaël Debernardi, vice-président de la Fnaim SMB, note que ces priorités résultent d’une volonté de réduire les pertes par l’enveloppe du bâtiment avant d’agir sur les systèmes. Ce choix technique oriente aussi le calendrier et les devis.
Financement et aides : avancer les fonds crée un effet d’arrêt
Le principal frein reste financier : les aides publiques sont versées après la fin des travaux, obligeant les copropriétés à avancer les sommes. Louis Mollard, vice-président de la Fnaim SMB, rappelle que cela bloque particulièrement les primo-accédants fortement endettés et les propriétaires âgés incapables de souscrire de nouveaux prêts.
La durée moyenne d’un projet en copropriété — du lancement des discussions à l’assemblée générale — est estimée entre 18 et 36 mois. Dans ce laps de temps, le budget de MaPrimeRénov’ a été révisé à la baisse : 5 milliards d’euros en 2024 puis 3,4 milliards en 2025 et pour 2026, créant une forte incertitude pour les porteurs de projet.
MaPrimeRénov’ : suspensions, impressions et calendrier
La suspension du guichet MaPrimeRénov’ durant l’été précédent et au 1er janvier 2026 a gelé les dépôts individuels, même si les dispositifs spécifiques aux copropriétés n’ont pas été fermés. Cette situation a freiné des votes et poussé des copropriétés à décaler leurs chantiers en espérant une meilleure lisibilité des aides.
La loi de finances pour 2026 a été promulguée le 19 février, mais le guichet n’était pas encore rouvert au moment du relevé ; le redémarrage est attendu courant mars. Pour les syndicats, l’attente entraîne des révisions de devis et risque d’alimenter de nouvelles hausses de coûts.
Réglementation, marché locatif et valeur des biens
La pression réglementaire s’accentue : le DPE collectif est devenu obligatoire depuis le 1er janvier 2026 pour les copropriétés de moins de 50 lots. Les échéances de mise en conformité pèsent sur la commercialisation des logements : les logements classés G sont déjà interdits à la location depuis le 1er janvier 2025, ceux classés F le seront à partir du 1er janvier 2028 et les E ne pourront plus être remis en location à partir de 2034.
Selon l’Ademe, en Haute-Savoie 7% des logements sont classés G, 11% F et 24% E. Dans les stations de montagne, la part de passoires énergétiques atteint des sommets : 64% à Megève, 65% à Chamonix, 75% au Grand-Bornand, 80% à Châtel et 84% à La Clusaz. Ces territoires vont concentrer la pression réglementaire et financière sur les copropriétés.
Sébastien Cartier, président de la Fnaim Savoie Mont Blanc, souligne que l’amortissement des travaux prend du temps mais rappelle que la valeur patrimoniale reste un argument pour ne pas négliger la performance énergétique, car un logement mal classé se vend moins bien et peut rencontrer des refus de financement bancaire.
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