« Impossible de laisser tomber » : comment cet entrepreneur français a racheté discrètement les magasins pour les sauver
Lecture rapide :
– Un entrepreneur français rachète près de 240 magasins Claire’s en Europe
– 154 magasins et 1 350 emplois menacés au Royaume‑Uni
– Baisse de prix : 28% en Europe, 33% envisagée au Royaume‑Uni
En silence et depuis une structure suisse nommée June, l’entrepreneur français Julien Jarjoura a racheté plusieurs filiales européennes de Claire’s après la mise en redressement judiciaire de la branche française le 25 juillet 2025. Le mouvement a permis de regrouper sous sa coupe environ 240 magasins répartis en France, Suisse, Autriche, Espagne et Portugal, pilotés depuis une SAS Claire’s FR basée à Paris où il est président.
Rachat discret de Claire’s en Europe : calendrier et chiffres clés
Au moment du redressement, Claire’s France comptait 239 boutiques et 1 258 salariés. Les ventes annuelles étaient passées de 142 à 132 millions d’euros, avec un résultat net de 1,3 million d’euros contre 0,8 million l’exercice précédent.
Pendant que la maison mère américaine s’effondrait — faillite aux États‑Unis puis rachat par le fonds Ames Watson pour 140 millions de dollars le 19 septembre 2025 — Jarjoura a privilégié des opérations rapides et ciblées sur les filiales européennes. Le rachat a été mené de façon méthodique, filiale par filiale, jusqu’à constituer ce périmètre d’environ 240 points de vente.
Une stratégie centrée sur le produit et les prix
Le diagnostic posé par Julien Jarjoura est net : Claire’s avait perdu son identité en élargissant trop ses gammes. L’idée a été de recentrer l’offre sur la clientèle historique, les jeunes filles, en retirant des collections non adaptées comme certains sacs destinés aux adultes.
Concrètement, une baisse structurelle des prix de 28% a déjà été appliquée dans les quelque 240 magasins européens. L’ambition pour le Royaume‑Uni est d’aller plus loin avec -33%, et de remplacer les promotions permanentes par un « prix bas constant » pour clarifier le message commercial.
La stratégie inclut aussi un rafraîchissement des formats de magasin et des collections plus ciblées, destinées à recréer l’expérience en boutique plutôt que de concurrencer purement le e‑commerce.
Le pari britannique : négociations, emplois et obstacles
Claire’s UK a été placée en administration en janvier 2026 pour la deuxième fois en moins d’un an. Après une première vague de fermetures d’une centaine de magasins, 154 points de vente subsistent aujourd’hui, portant sur la balance 1 350 emplois menacés.
Julien Jarjoura est en discussion avec les administrateurs et les bailleurs afin d’intégrer ces magasins au dispositif européen. Il avance comme atout clé la détention de la licence de la marque pour l’Europe, ce qui fait de lui un candidat unique pour exploiter le nom Claire’s outre‑Manche.
Les vents contraires sont nombreux : hausse des coûts d’approvisionnement liée aux taxes, forte concurrence des plateformes comme Shein et Temu, et déclin de la fréquentation des high streets. Malgré cela, Jarjoura mise sur un repositionnement prix et gamme adapté aux centres‑villes pour préserver emplois et magasins.
Ambition de croissance : viser 500 magasins en Europe
Depuis fournisseur discret de bijoux — il fournit même des institutions culturelles comme le Louvre — Jarjoura est passé en un an à la tête d’un réseau d’environ 240 magasins. S’il conclut l’accord au Royaume‑Uni, le portefeuille approcherait les 400 points de vente, avec pour objectif affiché d’atteindre 500 magasins en Europe.
« Tout le monde a une expérience personnelle avec Claire’s », rappelle Jarjoura, soulignant la valeur de la nostalgie pour la marque. Et d’ajouter : « Je ne pouvais pas accepter l’idée de laisser tomber » une enseigne qu’il juge sauvable. Ces deux constats structurent son pari : préserver l’identité, réduire les prix et repenser les formats pour reconquérir la clientèle.
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