Suisse : L’efficacité du dispositif d’assignation dans les emplois publics genevois mise à l’épreuve
À Geneve, la Cour des comptes a publié le 18 décembre une évaluation du dispositif d’annonce des postes vacants et d’assignation de candidats inscrits à l’office cantonal de l’emploi, appliqué depuis 2011 au recrutement des Emplois publics cantonaux. L’audit intervient dans un contexte où le chômage genevois reste supérieur à la moyenne de la Suisse, sur un marché du travail marqué par des flux transfrontaliers et une concurrence accrue sur certains profils administratifs et techniques.
Le mécanisme impose aux entités de l’État de déclarer leurs besoins et de traiter en priorité les candidatures transmises par l’office cantonal. Selon les constats rendus publics, plus d’un poste sur deux au sein de l’État serait aujourd’hui pourvu par une personne issue du chômage, indicateur mis en avant pour attester d’un impact sur le retour à l’emploi. Dans le même temps, la probabilité d’embauche demeure limitée à l’échelle individuelle. Les données examinées montrent que 4,6 % des candidats assignés obtiennent un engagement, contre 1,8 % parmi les candidats ayant postulé sans assignation.
Suisse et Geneve : l’assignation dans les emplois publics testée par l’audit
Le rapport souligne un point de tension opérationnel, identifié comme déterminant pour l’Efficacité du processus. Le logiciel fédéral Plasta, utilisé pour la gestion et le rapprochement des profils, est jugé insuffisant pour assurer une adéquation fine entre exigences des postes et candidatures transmises, ce qui génère des assignations perçues comme peu pertinentes par certaines entités recruteuses. Cette limite pèse directement sur la Gestion des ressources humaines des services, qui doivent instruire des dossiers supplémentaires tout en respectant les délais de recrutement et les contraintes budgétaires propres au Secteur public.
Fonction publique genevoise : effets mesurés et limites d’adéquation
La Cour relève que la procédure augmente les chances d’accès à la Fonction publique pour les demandeurs d’emploi inscrits, mais que le potentiel reste sous-utilisé au regard des attentes des employeurs publics. Dans les métiers caractérisés par un chômage structurellement bas, l’assignation est décrite comme peu efficiente, car elle produit un volume de candidatures qui ne répond pas toujours aux critères de spécialisation ou d’expérience attendus. À l’inverse, sur des fonctions administratives plus générales, l’assignation peut accélérer la remise en emploi, sous réserve d’un tri initial plus fin.
Sur le terrain, le décalage se traduit par des arbitrages entre conformité à la directive cantonale et impératifs de continuité de service. Un service technique confronté à un départ non remplacé peut devoir prolonger un intérim ou redistribuer des charges, le temps de traiter des candidatures assignées qui n’aboutissent pas. Ce type de situation renvoie à des coûts administratifs indirects, rarement comptabilisés dans l’évaluation des Politiques publiques de l’emploi.
Dispositif d’assignation et politiques publiques : impacts pour employeurs et demandeurs d’emploi
Pour les demandeurs d’emploi, l’assignation constitue un canal institutionnel d’accès aux postes, mais elle n’équivaut pas à une priorité automatique à l’embauche. Les chiffres publiés indiquent un différentiel de succès, tout en laissant apparaître un taux d’échec majoritaire, avec un risque de multiplication d’entretiens sans suite et d’allongement des démarches. Pour les employeurs, la contrainte porte sur l’organisation du recrutement, la traçabilité des décisions et la justification des refus, en particulier lorsque les candidatures assignées ne correspondent pas aux prérequis formels.
Les partenaires sociaux et les autorités cantonales se trouvent confrontés à un double objectif, réduire le chômage local tout en garantissant l’accès aux compétences nécessaires au fonctionnement des prestations publiques. Dans un bassin transfrontalier, la question de l’équilibre entre préférence cantonale et ouverture du marché du travail reste politiquement sensible, et l’audit met en évidence des marges d’amélioration plutôt qu’une remise en cause du principe. L’enjeu immédiat porte sur l’ajustement des outils, des procédures de présélection et des délais, afin de limiter les assignations non pertinentes et de sécuriser le recrutement sur les postes critiques.
OCE, Plasta et entités recruteuses : points d’attention et mise en œuvre
Le rapport situe une partie des difficultés dans l’articulation entre l’office cantonal de l’emploi, les unités RH des départements et l’outil fédéral. La qualité des données de profils, la précision des descriptions de poste et la capacité à filtrer en amont déterminent la charge de travail en aval. Une procédure trop mécanique conduit à des envois massifs, tandis qu’un filtrage renforcé suppose des ressources supplémentaires et une gouvernance claire sur les critères utilisés.
À l’échelle nationale, la mesure genevoise s’inscrit dans l’orientation suisse des mesures actives du marché du travail, renforcées depuis les années 1990 autour de contreparties et de programmes d’occupation. La comparaison avec certains dispositifs européens, où la priorité d’accès à l’emploi public peut être encadrée par des concours ou des listes d’aptitude centralisées, rappelle que l’Efficacité dépend autant des règles que des outils de mise en correspondance. À Genève, l’évaluation met surtout en lumière une question de calibrage administratif, dont les effets se mesurent au quotidien, dossier par dossier.