Cyberescroqueries en Suisse : Les banques sont-elles à la hauteur pour protéger leurs clients ?
Lecture rapide :
– Explosion des cyberescroqueries et 42’000 plaintes en 2024
– 78% des plaignants ont moins de 60 ans
– Collaboration banques‑police jugée insuffisante par les enquêteurs
En Suisse, les cyberescroqueries ont connu une forte hausse, avec 42’000 plaintes déposées en 2024 auprès de la police. Ce chiffre sous‑estime l’ampleur du phénomène: on estime qu’une victime sur dix seulement entreprend des démarches, en raison de la honte, du fatalisme ou du faible espoir de récupérer des fonds partis à l’étranger.
Cyberescroqueries en Suisse : chiffres et profils des victimes
Les autorités constatent que les victimes sont souvent jeunes, actives et très connectées. Selon les plaintes, 78% des plaignants ont moins de 60 ans, ce qui infirme l’idée selon laquelle seuls les seniors seraient ciblés par la fraude en ligne.
Les montants perdus peuvent être importants et les procédures de récupération complexes, en particulier lorsque les transferts entrent rapidement dans des circuits de blanchiment. Ce profil de victime nourrit le débat sur la responsabilité des banques et la sécurité bancaire.
Marketplace : une porte d’entrée pour les escrocs
Le chef de la brigade de cybercriminalité neuchâteloise, Steven Bill, pointe Marketplace de Facebook comme une plateforme à risque en raison de faibles vérifications des annonceurs. Il parle d’une véritable «jungle» où une donnée transmise dans la précipitation suffit à donner accès aux comptes bancaires.
L’émission a illustré ce mécanisme par le cas de Chloé et Frédéric, enseignants neuchâtelois, qui ont perdu 25’000 francs après la mise en vente d’une veste sur Marketplace. Leur banque a refusé tout remboursement, jugeant les douze opérations non frauduleuses selon ses critères.
Réactions des banques et coopération avec la police sur la cybersécurité
L’Association suisse des banquiers (ASB) indique avoir créé un groupe de travail pour renforcer la coopération entre banques et autorités. Richard Hess, responsable de la finance digitale à l’ASB, reconnaît le besoin d’une coordination plus forte pour contrer le piratage informatique et la prévention des fraudes.
Des policiers estiment néanmoins que la collaboration reste inégale selon les établissements. D’après Steven Bill, certaines banques refusent de bloquer des comptes sur la demande de la police, alors que chaque minute compte pour interrompre un transfert et empêcher le blanchiment.
Indemnisation, responsabilité et débats politiques
Il est rare que les victimes soient remboursées; les banques renvoient souvent la responsabilité vers le client, estimant qu’une information a été transmise ou qu’un QR code a été scanné. Olivier Beaudet‑Labreque, expert en cybercriminalité, juge que certaines banques ne font pas de la protection client une priorité stratégique et que la détection des fraudes doit être renforcée.
La vice‑présidente de l’UDC, Céline Amaudruz, parle d’un retard suisse en cybersécurité et cite des estimations de dommages colossaux à l’échelle mondiale pour 2025. Elle refuse toutefois de rendre les banques entièrement responsables, soulignant que l’action doit viser les criminels et non les établissements qui investissent dans la sécurité.
Sur le terrain, policiers, experts et représentants bancaires s’accordent sur un point: la lutte contre la fraude en ligne implique la sécurité bancaire, les services bancaires et une coopération renforcée entre acteurs publics et privés. Un constat partagé mais encore peu traduit en procédures opérationnelles efficaces.
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