Conflit en Iran : quels impacts pour les économies européennes ?
Lecture rapide :
– Impact énergétique direct sur les prix et les stocks
– TTF à 50 €/MWh (+60 %)
– Risque de hausse d’inflation et de baisse de croissance
Les frappes américaines et israéliennes contre l’Iran et la fermeture du détroit d’Ormuz ont déclenché un choc énergétique majeur en Europe. Les contrats à terme sur le gaz néerlandais TTF ont atteint 50 € le mégawattheure, soit une hausse de 60 %, alors que les stocks européens se situent à des niveaux saisonniers historiquement bas.
Impact du conflit en Iran sur les prix du gaz et du pétrole
Le détroit d’Ormuz concentre environ 20 % du commerce pétrolier mondial et près d’un cinquième des échanges de GNL, ce qui relie directement les tensions à l’offre disponible en Europe. Le Qatar représente près de 15 % des importations européennes de GNL, accentuant la vulnérabilité du continent aux perturbations dans le Golfe.
Oxford Economics estime que des perturbations pourraient réduire l’approvisionnement pétrolier d’environ 4 millions de barils par jour au prochain trimestre, et souligne que les routes alternatives ne peuvent absorber qu’« environ un tiers » des volumes transitant habituellement par Ormuz. La banque Goldman Sachs propose des scénarios : prix du pétrole autour de 80 $ ou, en cas de choc sévère, 100 $ le baril ; le gaz pourrait fluctuer entre 70 € et 100 €/MWh.
Ces évolutions pèsent sur les perspectives énergétiques et constituent un test pour les capacités de substitution des producteurs du Golfe.
Conséquences attendues sur l’inflation et la croissance
Oxford Economics anticipe que le conflit pourrait augmenter l’inflation globale de la zone euro de 0,3 à 0,5 point, la portant à environ 2,3 % en 2026, et réduire la croissance du PIB d’environ 0,1 point, à près de 1,0 %. Goldman Sachs estime quant à elle un impact de -0,1 à -0,2 point de croissance pour la zone euro, le Royaume-Uni, la Suède et la Suisse.
Dans un scénario très défavorable, Goldman Sachs prévoit que la Banque centrale européenne pourrait être conduite à relever les taux à deux reprises de 25 points de base au second semestre 2026 si les effets de second tour sur l’inflation se matérialisent.
Perturbations logistiques et hausse des coûts du commerce
Les opérations militaires ont déjà perturbé les réservations maritimes vers le Golfe. Le détroit d’Ormuz concentre près de 2 à 3 % des volumes mondiaux de conteneurs et quelque 100 porte-conteneurs sont bloqués dans le Golfe persique, selon Freightos.
Plusieurs armateurs majeurs, dont Hapag-Lloyd et MSC, ont interrompu les réservations vers la région, tandis que CMA CGM a cessé d’accepter des cargaisons à destination du Golfe. La menace d’un retour des attaques houthis dans la mer Rouge pousse des transporteurs à contourner l’Afrique via le Cap de Bonne-Espérance, allongeant les trajets et renchérissant les coûts.
La réduction des capacités aériennes de fret, liée aux interruptions chez Qatar Airways Cargo, Emirates SkyCargo et Etihad (représentant ensemble environ 13 % du fret aérien mondial), contribue à une pression haussière sur les tarifs : le Freightos Air Index signale une hausse des tarifs entre l’Asie du Sud-Est et l’Europe d’environ 6 %.
Répercussions sur les marchés financiers et les devises
La montée du risque géopolitique a favorisé la recherche de valeurs refuges. L’euro s’est déprécié d’environ 1,8 % face au dollar depuis l’intensification du conflit. Les monnaies d’Europe centrale ont été plus affectées : le forint hongrois a chuté près de 5 % et le zloty polonais d’environ 3,5 %.
Une nouvelle dépréciation des monnaies européennes pourrait renchérir le coût des importations et amplifier les pressions inflationnistes déjà alimentées par la hausse des prix de l’énergie.
Fragilité du modèle énergétique européen après 2022
Depuis la réduction des importations de combustibles fossiles russes, l’Europe a remplacé une part importante de ces flux par du GNL maritime, rendant le continent plus exposé aux perturbations des routes maritimes. Les réserves de gaz européennes étaient entrées en mars à des niveaux bas, proches de 30 % sur l’ensemble du continent, et l’Allemagne indiquait des stocks à 21,6 %.
Oxford Economics met en garde contre la compétition accrue pour les cargaisons de GNL si les exportations qataries étaient perturbées : les acheteurs asiatiques pourraient se montrer plus agressifs, compliquant le remplissage des stocks européens avant l’hiver.
La fragilité actuelle tient moins à un déficit structurel de production qu’à la vulnérabilité des routes et aux niveaux de stockage.
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