En Suisse, un commerce macabre prend vie : à vendre, des crânes humains impeccables
La Radio Télévision Suisse (RTS) a publié le 5 juillet une enquête révélant un commerce en ligne de restes humains en Suisse, fondée sur des recherches menées entre 2017 et 2020. Des annonces décrivent des articles comme « crâne en parfait état, il ne manque qu’une dent » ou « crâne fœtal d’une grande beauté ». Les vendeurs, domiciliés en Suisse, affichent ces offres sur des places de marché grand public accessibles au public.
Crânes humains en vente en Suisse: enquête RTS et offres sur les marketplaces
Les plateformes concernées comprennent Anibis, Ricardo, Facebook marketplace, Instagram, Ebay, Vinted, Tutti et Leboncoin. Les motivations des acheteurs vont de la constitution de collections, rappelant celles de médecins et dentistes dans les années 1970-1980, à l’utilisation comme objet de décoration. Des annonces consultées mentionnent des tarifs pouvant dépasser 10’000 francs, ce qui indique une valorisation marchande significative.
L’existence de ce commerce pose des questions de traçabilité et de provenance. Les acheteurs privés et quelques galeries observent des tensions avec des musées universitaires et des services archéologiques cantonaux, qui réclament des vérifications scientifiques et des restitutions lorsque l’origine est contestée. Insight: la transparence des chaînes d’acquisition est devenue un enjeu opérationnel majeur.
Contexte juridique: vide et interprétations fédérales
La Suisse a ratifié en 2008 la Convention sur les droits de l’homme et la biomédecine, qui interdit de réaliser un profit sur le corps humain et ses parties. Les autorités helvétiques tolèrent toutefois que seule « l’atteinte à la paix des morts » soit explicitement sanctionnée. Le terme de vide juridique est employé par des juristes interrogés dans l’enquête pour caractériser l’absence de dispositions pénales claires sur la vente de restes humains. Insight: l’encadrement légal actuel ne couvre pas la commercialisation en ligne.
Impacts pour les plateformes, institutions et collecteurs privés
Les règles internes des plateformes proscrivent en principe la publication d’annonces mettant en scène des restes humains, mais les contrôles sont jugés insuffisants. Un collectionneur genevois fictif présenté dans l’enquête a acheté un crâne puis dû faire face à des demandes de restitution de la part d’un canton et à une plainte publique, illustrant les risques juridiques et reputational que prennent les acheteurs et vendeurs. Insight: les opérateurs commerciaux s’exposent à des imprévus réglementaires et médiatiques.
Les universités, musées et autorités cantonales appellent à une clarification fédérale et à une coordination avec les partenaires européens, tandis que le crime organisé et le marché noir restent des risques potentiels si le cadre légal demeure flou. Insight: la clarification légale et des procédures de provenance deviennent prioritaires pour la souveraineté et la conformité scientifique.