Accord commercial signé, mais l’économie suisse face à des horizons incertains
Lecture rapide :
– Accord signé entre AELE et le Mercosur
– Croissance KOF: 1,4% (2025), 1,1% (2026)
– Droits US ramenés de 39% à 15% en novembre
L’accord de libre‑échange entre l’AELE, incluant la Suisse, et le Mercosur a été signé à Rio de Janeiro, acte officiel salué par les représentants présents et par Guy Parmelin. L’accord ouvre l’accès à un marché d’environ 270 millions de consommateurs, selon les communiqués. Les détails juridiques et le calendrier de mise en œuvre restent partiellement non communiqués.
Accord AELE‑Mercosur et première portée pour l’industrie suisse
Le texte signé prévoit des suppressions tarifaires progressives pour une large part des échanges. D’après les éléments disponibles, environ 96% des exportations suisses vers le Mercosur pourraient être exonérées de droits de douane à l’issue des délais de démantèlement tarifaire. Les négociations ont débuté en 2017 et la dimension environnementale figure dans les engagements déclarés.
La portée concrète pour les entreprises dépendra de l’entrée en vigueur effective et des clauses sectorielles. Plusieurs secteurs industriels suisses scruteront les détails pour mesurer les gains de compétitivité et les conditions d’accès aux marchés publics.
Perspectives macroéconomiques et prévisions du KOF
Le KOF table sur une croissance réelle du PIB de 1,4% pour 2025 (corrigée des grands événements sportifs), un ralentissement à 1,1% en 2026 puis une reprise à 1,7% en 2027. Cette révision tient surtout à l’allègement des tensions commerciales internationales, notamment la réduction des droits américains.
Pour l’inflation, le KOF anticipe 0,3% en 2026 et 0,6% en 2027. La Banque Nationale Suisse est estimée maintenir son taux directeur à 0% sur l’horizon de prévision. Ces paramètres dessinent une trajectoire de prix modérée favorisant le pouvoir d’achat réel des ménages.
La prévision met en avant un profil de croissance atone en 2026 mais pas de décrochage marqué si les tensions commerciales restent contenues.
Effets sectoriels, commerce extérieur et demande intérieure
Le relèvement initial des droits de douane américains a fortement perturbé les exportations de l’horlogerie, des machines et des équipements électriques, tandis que le secteur pharmaceutique a enregistré des hausses d’exportations vers les États‑Unis. Après l’allègement tarifaire de mi‑novembre — droits passés de 39% à 15% — les effets négatifs se sont avérés moins lourds que prévu, mais l’incertitude demeure car la déclaration d’intention n’est pas encore juridiquement contraignante.
La faiblesse persistante de la demande chinoise et les relocalisations industrielles pèsent sur les branches cycliques. En revanche, la demande européenne soutient partiellement les ventes. Globalement, le recul des exportations de biens a été plus prononcé que prévu, alors que les importations ont montré une résilience relative.
Sur le plan intérieur, l’investissement reste prudent et la construction demeure faible, en particulier le logement résidentiel. La consommation privée continue de soutenir la conjoncture grâce à une inflation basse et à des hausses nominales de salaires, tandis que les dépenses publiques progressent de façon modérée en raison de contraintes budgétaires et d’un programme de consolidation annoncé à partir de 2027.
Marché du travail et risques pesant sur les prévisions
Le marché du travail affiche une phase de faiblesse: l’emploi a reculé pour le deuxième trimestre consécutif et le taux de chômage devrait encore augmenter légèrement, à environ 3,1%. Les postes vacants restent rares et les attentes d’embauche des entreprises restent prudentes, ce qui limite les perspectives d’une reprise rapide de l’emploi.
Les principaux risques identifiés sont l’échec de la mise en œuvre de l’accord douanier, une reprise plus timide de la demande étrangère, des tensions géopolitiques et une appréciation du franc réduisant la compétitivité des exportations. Un risque spécifique pèse sur l’industrie pharmaceutique si des baisses de prix étaient imposées aux États‑Unis. À l’inverse, un apaisement rapide des tensions commerciales ou des mesures de relance en Europe pourraient améliorer les perspectives.
Ces éléments créent un horizon conjoncturel incertain où les gains potentiels du nouvel accord commercial coexistent avec des facteurs défavorables pour l’investissement et le commerce extérieur.
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